Une semaine s'était écoulée depuis que Thémistocle et son maître habitaient la hutte du trappeur.

--Mon hôte, dit un jour le marquis, nous sommes obligés de prendre congé de vous; mais ce ne sera pas sans vous remercier vivement de votre cordiale hospitalité.

--Que voulez-vous dire?

--Cher hôte, il nous faut partir.

--Monsieur de Valvert, voulez-vous me permettre de vous parler à coeur ouvert?

--Certes! Je vous écoute.

--Habitué comme je le suis à lire incessamment dans ce livre mystérieux que Dieu lui-même s'est donné la peine d'écrire et qu'on appelle la nature, un visage franc et ouvert comme le vôtre ne peut avoir longtemps de secrets pour moi. Ce n'est pas le simple attrait de la curiosité ni l'amour des aventures qui vous ont poussé dans le désert américain. En y entrant, vous poursuiviez un but sérieux et je ne crois pas me tromper en affirmant que, pour l'atteindre, vous êtes prêt à sacrifier votre vie s'il le faut. Ce but, je ne le connais pas, je ne cherche pas à le connaître; mais, quel qu'il soit, seul, livré à vos propres ressources, vous ne l'atteindrez jamais. Vous ne soupçonnez pas les dangers qui vous entourent! Je m'étonne comme de la chose la plus merveilleuse que vous ayez pu vivre six mois... ici...

--Où voulez-vous en venir?

--Pour réussir dans ce que vous avez entrepris, il vous faut un compagnon dont vous soyez sûr, un homme doué des qualités qui vous manquent, qui voie pour vous. Vous m'avez sauvé la vie, monsieur le marquis: si vous voulez, je serai cet homme!

--Merci! dit Raoul d'une voix émue en pressant la main du trappeur. Mais, vous l'avez dit, je poursuis un but difficile à atteindre et ce serait un éternel remords pour moi de vous entraîner dans les dangers qui ne manqueront pas de m'assaillir.