--Mon frère sait-il quelles seront ses obligations?
--Vaguement; mais vous me les indiquerez et je les remplirai.
--Mon frère sait-il ramper parmi les herbes sans laisser trace de son passage? Sait-il reconnaître et suivre la piste d'un ennemi?
--Fort imparfaitement encore. Mais, sous un maître aussi renommé que l'Oeil-Sanglant, je ferai de rapides progrès.
--C'est bien, dit l'Indien visiblement flatté, malgré l'impassibilité de son visage. Le sachem avisera.
Oeil-Sanglant s'avança alors vers les Enfants perdus rassemblés, promenant un regard perçant sur chacun d'eux comme pour les reconnaître.
"C'était vraiment un spectacle imposant que celui de ces sauvages aux traits énergiques, aux bras et à la poitrine ornés de fantastiques peintures de guerre, roides et immobiles, la lance au poing, le tomahawk pendu à la ceinture à côté des trophées de victoire conquis dans le sentier de la guerre, leurs longs cheveux entremêlés de plumes éclatantes, la couverture de bison flottant sur leurs épaules."
--Que mes fils ouvrent les oreilles, dit Oeil-Sanglant; un chef va parler.
"Guerriers, depuis que votre volonté toute-puissante m'a choisi pour chef, votre domination n'a cessé de s'étendre dans la prairie. Les Enfanta perdus ne sont plus poursuivis ni traqués comme des bêtes fauves; ils commandent à leur tour, ils sont les rois du désert! Tous nos frères indiens les craignent et les respectent; toutes les tribus recherchent leur amitié ou du moins leur neutralité pour jouir en paix des territoires de chasse légués par leurs pères, et quand les visages pâles veulent traverser la contrée c'est à nous qu'ils payent humblement le droit de passage.
"A qui mes fils doivent-ils ce résultat? D'abord à leur courage, puis à leur prudence quand ils marchent dans le sentier de la guerre. Mes fils sont des guerriers! Au courage de l'ours gris ils allient la prudence du renard: qui pourrait leur résister? Personne. Mais qui les conduit? Oeil-Sanglant, leur chef. Cela est-il vrai, hommes puissants?"