—Mademoiselle, voulez-vous me faire l'honneur de danser cette valse avec moi?

—Certainement, monsieur, à moins que vous ne préfériez la «causer».

Je m'empressai d'accepter, et aussitôt, prenant mon bras, elle m'entraîne hors des salons, et nous enfilons un large couloir où d'autres groupes se promenaient déjà.

J'étais ébahi de cette liberté d'allures, que je trouvais du reste adorable. De papa et maman point n'était question. Qu'avaient-ils à voir dans nos affaires? On n'avait pas même jugé à propos de me les montrer. Et puis ni l'un ni l'autre ne savaient un mot de français.

Au contraire, miss Esther le parlait correctement et avec une jolie pointe d'accent anglais, à peine de quoi rappeler sa nationalité.

Au bout d'un instant, de nouveaux promeneurs affluèrent par toutes les portes dans le corridor. C'est qu'ici, au lieu de déposer gravement sa danseuse sous l'aile de sa mère dès qu'on a cessé de la faire tourner, on lui offre le bras et, jusqu'à la danse suivante, on se promène, on cause, en un mot, on flirte.

À la première reprise de l'orchestre je pensais,—j'étais alors farci de préjugés,—que les convenances et la discrétion me faisaient un devoir de ramener miss Esther à sa place.

—Vous allez danser? interrogea-t-elle.

—Je n'en ai nullement l'intention.

—Alors continuons à causer, c'est bien plus agréable.