C'était alors que leur situation dans toute son horreur s'était dressée en face d'eux, comme un fantôme se levant de la tombe où leur navire était enseveli.

Où aller? que faire? qu'espérer?

—Nous n'avons qu'une chance de salut, dit un vieux: c'est de pouvoir gagner les côtes à travers le champ de glace.

—Le vent soufflait de la terre; la mer doit être libre autour des côtes.

—Peut-être serons-nous aperçus de quelque bateau. Et puis quel autre parti avons-nous à prendre?

On se mit en marche vers l'ouest. Quelques phoques donnèrent leur coeur et leur foie pour composer le menu du déjeuner, et l'on tâcha de se désaltérer avec une poignée de neige.

Après avoir employé plusieurs heures à sauter d'un glaçon à l'autre, au milieu d'une multitude de phoques, on rencontra enfin un immense champ de glace qui s'étendait tout d'une pièce aussi loin que la vue pouvait porter.

À cet aspect, chacun reprit espoir.

Cependant il fallut marcher encore douze heures avant de distinguer la vague fumée du French Shore qui avait rallumé ses fourneaux dans l'espoir d'une débâcle.

Peu après la découverte de cette bienheureuse fumée, ils avaient aperçu quelques-uns de nos pêcheurs les plus éloignés du steamer.