—Si vous ne me croyez pas, lui dis-je en la quittant, croyez-en au moins votre poëte Tennyson:
Never morning wore
To evening, but some heart did break.
Et ravi d'avoir trouvé à point ces jolis vers pour riposter aux citations françaises de Kitty, je traduisis: «Aucun soir n'a succédé au matin, sans qu'il n'y ait eu quelque part un coeur qui ne se soit brisé.»
Une minute après, une aurore boréale nous tenait tous deux en extase, plantés au milieu de la rue, nageant cette fois en pleine poésie.
C'était l'heure où reviennent sur la terre les âmes des oubliés; l'heure du sabbat; l'heure de l'amour; la sinistre et charmante heure de minuit.
Pas un nuage ne flottait dans l'air; pas un souffle de vent ne passait.
La lune dormait depuis longtemps au fond du lac.
Cependant du sommet de la colline qui surplombe au centre d'un grand cirque, la ville dévalait vers le port silencieux, enveloppée de clartés pâles.
Comme la clef de voûte d'un dôme immense, une lueur argentée rayonnait au milieu du ciel. Elle l'éclaboussait tout autour de flammes nacrées qui mettaient aux fronts noirs des collines, à l'horizon, une auréole féerique.
Le nord se colorait légèrement de rose, et parfois il s'en élançait un rayon vert pâle, peut-être, disions-nous, une âme délivrée de son corps et qui monte à Dieu.