Cet homme!
Il avait donc réussi là où tant de diplomates de génie avaient échoué depuis un siècle. Le lion une fois encore était vaincu par le moucheron: Terre-Neuve avait humilié la France!
Sir William fut réélu et devint premier ministre.
«Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose.»
Mais, hélas! il arrive parfois que la vérité s'ennuie au fond de son puits et qu'on la surprend toute nue assise sur la margelle. Comme elle est d'une beauté ravissante, tous ceux qui l'ont découverte ainsi, soit nos marins français, soit les ennemis politiques de M. Whiteway, se sont empressés d'appeler la foule autour d'elle pour la contempler.
Bien des aveugles ont été par elle rendus à la lumière. Les élections l'ont bien prouvé, qui viennent d'avoir lieu à la dernière session. Sans l'influence, bien justifiée, celle-là, de votre frère, monsieur Shea, croyez-vous que sir William eût été de nouveau nommé?
M. Shea.—Peut-être. Je sais bien qu'il s'est donné beaucoup de mal.
Moi.—Et qu'il a jeté tant qu'il a pu de votre argent. Croyez-moi, on commence à s'apercevoir que ce n'est pas un grand ministre, mais un grand humbog, qui dirige la politique de Terre-Neuve. Ce n'est que par amour propre que quelques-uns semblent encore lui rester fidèles. Et encore ceux-là ne se rencontrent-ils que parmi les gens en place.
Or, M. Whiteway est arrivé par le peuple; il tombera par le peuple. Vous comprenez l'étonnement indigné d'un pauvre pêcheur terre-neuvien qui, sur la foi des déclarations Whiteway, est venu tranquillement exercer son industrie dans nos eaux, lorsque nos navires de guerre accourent lui enjoindre de quitter ces lieux. On lui déclare qu'il est en contravention. «Mais, répond-il, on a affiché chez nous une circulaire de sir W. Whiteway, dans laquelle il dit», etc. On lui réplique que c'est faux, et qu'on le trompe.—Comment cela se peut-il? on ne lui montre rien d'écrit, et ce qu'il a vu était imprimé? Cependant, on l'oblige à partir. Sa pêche, qui fait seule vivre toute sa famille, est compromise parce qu'il va perdre du temps en changeant de place, et alors il se fait ce raisonnement infaillible: Ou les Français me chassent sans en avoir le droit, et je me vengerai; ou M. Whiteway me trompe, et alors c'est un misérable que je hais parce qu'il m'exploite au risque de me faire crever de faim.
Mon ami.—Mais crois-tu que ces pauvres gens ne pensent pas plus généralement que le tort est de notre côté?