Il vous est interdit par les traités d'avoir aucun établissement sédentaire sur les côtes qui nous sont réservées. Vous êtes arrivés à y élever de petites villes ou des villages. Aujourd'hui, vous poussez l'impudence jusqu'à y placer des magistrats, ce qui est reconnaître officiellement l'existence de ces villages, qui se trouvent pourtant là en contravention. Et puis, comme nous avons eu l'air de fermer les yeux au lieu de protester, voilà que c'est vous maintenant qui osez vous plaindre sous prétexte que nos marins font la contrebande dans ces villes. Mais du tout, ils ne la font pas, la contrebande, puisque ces villes ne sont pas censées exister.
M. Shea.—Vous ne pouvez toujours pas nier qu'ils la font en mer quand nos pêcheurs vont leur vendre la boette[5].
Moi.—Cela, c'est une autre affaire. Je conviens qu'ils la font, mais tant pis pour vous. Vous comprenez bien...
Mon ami.—Qu'est-ce que la boette?
Moi.—Ah! c'est juste. On appelle boette les appâts dont on se sert pour pêcher la morue. Elle consiste en poissons qu'on trouve ici sur les côtes. De telle sorte que les pêcheurs de Terre-Neuve en sont déjà pourvus quand les nôtres arrivent. Alors ils vont à leur rencontre au large, leur vendent la boette et remportent du rhum et autres denrées soumises à des droits d'entrée très-élevés.
Naturellement la douane en pâtit; mais il faut avouer que nos marins seraient bien niais d'avoir des scrupules à cet égard, vu que cet approvisionnement immédiat les met en mesure de commencer leur pêche plus tôt.
Ainsi donc, cher monsieur, voilà tous vos griefs: n'être pas entièrement libres chez vous; ne pouvoir exploiter vos mines, ni faire aboutir votre railway sur nos côtes; être tracassés au sujet de vos magistrats et enfin trompés par la contrebande.
Y a-t-il encore quelque chose?
M. Shea.—Non, c'est tout!
Moi.—Eh bien! tenez, je suis sûr qu'à nous deux nous pourrions nous entendre.