M. Shea, sérieux, après un instant de réflexion.—Oui, je crois qu'avec ces conditions nous pourrions nous entendre.
Seulement, c'est ce diable de droit exclusif, qui est choquant pour nous. Il me semble que vous pourriez bien laisser nos pêcheurs aller dans les baies que les vôtres laisseraient inoccupées, avec obligation pour les premiers de se retirer à l'arrivée des seconds.
Moi.—Oui certes! un chat aurait assez de place dans une chambre pour y vivre avec un rat. Cela n'empêche pas qu'il le dévorerait. Ce mélange de vos pêcheurs avec les nôtres serait la cause de querelles constantes. Vous comprenez qu'il y en aurait bien peu d'assez consciencieux pour se retirer, comme vous le dites, sans protester, ou même sans résister. Et c'est précisément pour éviter tant de fâcheuses complications que nous avons tout fait pour obtenir que nos droits de pêche soient rendus exclusifs. Rappelez-vous du reste la tentative qui a été entreprise de la combinaison dont vous parlez. Au bout d'un très-petit nombre d'années, l'Angleterre et la France sont tout de suite tombées d'accord pour reconnaître l'impossibilité et faire cesser l'existence de ce modus vivendi.
Après tout, vous avez une étendue de côtes largement suffisante pour l'emploi de tous vos pêcheurs. Et puis songez qu'en échange de la tranquillité que nous vous demandons d'assurer aux nôtres, nous nous engageons à reconnaître officiellement l'existence politique de Terre-Neuve au French shore. Vous ne pouvez rien acquérir de plus précieux.
M. Shea, gravement.—Tout cela en effet pourrait s'arranger à la satisfaction des deux parties. Mais soyez bien persuadés d'une chose: c'est qu'on n'arrivera jamais à aucun résultat satisfaisant tant que la France cherchera à traiter directement avec l'Angleterre. C'est avec nous qu'il faut qu'elle s'entende d'abord, puisque la sanction de notre Parlement est indispensable au traité qu'elle pourrait conclure avec le gouvernement britannique. Et vous pensez bien que l'Angleterre ne nous forcera pas à coups de canon à accepter un arrangement qu'elle aura fait sous toutes réserves avec la France. Elle ne peut nous déclarer la guerre, et en nous contrariant, elle craindrait trop de nous révolter et de nous voir échapper à sa souveraineté.
Ne vient-on pas de frapper?
Mon ami.—Si, je crois.
M. Shea.—Come in!
Quelqu'un.—Le conseil attend Sa Seigneurie pour se réunir.
M. Shea.—Messieurs, vous m'excusez, n'est-ce pas? Il faut...