Pas d'impôts directs d'aucune sorte.—Les sauvages! Les caisses du trésor sont remplies uniquement par les produits de la douane augmentés de quelques autres revenus insignifiants. Il est vrai que les importations—et tout est importé—sont taxées à des taux exorbitants.
Si cependant les Terre-Neuviens ont pénétré le secret d'être heureux sans payer d'impôts, je crois qu'ils ne se trouveraient pas plus mal d'être en puissance d'une municipalité, et, certainement, la ville s'en trouverait mieux. Les rues sont des cloaques; les trottoirs, des casse-cou. Il n'y a rien pour le plaisir de la promenade ou pour l'agrément des yeux. Et pourtant un atome de Tourny ou un microbe d'Haussmann n'aurait qu'à aider un peu la nature, et les flâneurs jouiraient des lieux de rendez-vous les plus pittoresques.
Mais on est trop occupé pour songer à cela.
C'est sans doute pour la même raison qu'il n'y a pas de registres de l'état civil.—À quoi bon? point de service militaire; point d'écoles imposant une limite d'âge.
Les actes de baptême suffisent au reste.
Eh bien! il y a cinquante ans, il n'y avait dans l'île de Terre-Neuve qu'une mauvaise carriole appartenant à un médecin.
Aujourd'hui, il y a un téléphone à Saint-Jean!
Voilà de quoi rendre confus bien des maires de la République française.
Confus! quand le serons-nous donc de voir que tant de merveilleuses découvertes faites dans la science par nos savants n'atteignent de résultats pratiques que dans le Nouveau Monde?
Pour nous, nous voulons être sceptiques en tout. Plus la découverte a de prix, plus nous doutons de son avenir. J'ai quelque crainte que ce beau scepticisme ne soit qu'une manière de routine.