Après l'office, le Père Galveston a fait un court historique de la fondation des couvents de femmes à Terre-Neuve. Il y a cinquante ans, nous a-t-il dit, les quatre Soeurs qui vinrent fonder ce couvent étaient les premières religieuses de langue anglaise qui eussent encore traversé l'Océan. On leur fit des adieux comme à des personnes qui partaient pour un pays situé dans un autre monde et d'où l'on ne revenait jamais. Quand elles eurent débarqué à Saint-Jean, on mit à leur disposition la voiture d'un médecin, qui était la seule existant dans l'île.
La supérieure du couvent, une des quatre Soeurs arrivées ici il y a cinquante ans, était là courbée sur son prie-Dieu.
La cérémonie s'est terminée par un salut où, enfin, on nous a fait la grâce de nous donner un O salutaris de Cherubini chanté par miss Fisher.
Un déjeuner nous attendait dans une grande salle. L'évêque, avec sa gaieté d'usage, présidait la vaste table en fer à cheval autour de laquelle avaient pris place nombre de jeunes filles et le clergé de la cathédrale. Au dessert, des toasts furent portés.
Cela se passait toujours au couvent, dans le grand salon duquel on alla faire de la musique, en sortant de table.
3 octobre.—Nous avons rapporté hier de la chasse plusieurs bécassines et une demi-douzaine de perdrix.
À une dizaine de kilomètres de Saint-Jean, nous avons fait arrêter la voiture et sommes entrés en chasse dans un pays qui nous était absolument inconnu. Aussi, entraînés par notre ardeur guerrière, avons-nous franchi, sans y prendre garde, marais et collines, si bien qu'une fois sur la route, nous ne savions s'il fallait tourner à droite ou à gauche.
Naturellement nous sommes partis dans la mauvaise direction. Nous marchions depuis longtemps, ne retrouvant ni la voiture ni aucun point de repère, lorsque la mer nous apparut entre deux collines.
Comme nous ne l'avions pas vue en venant, il était bien certain que nous faisions fausse route. Nous retournons sur nos pas, avançant toujours sans rien reconnaître. Enfin des femmes passent. Je les interroge. Elles n'ont point vu notre véhicule et ne savent nous donner aucun renseignement.
Cependant la nuit se faisait. L'un de nous remarqua que la lune montait insensiblement la mèche de sa lampe. On exécuta une salve de coups de fusil; on jeta aux échos des appels stridents.