Les blancs flocons qui emmaillent le marbre froid
Ont assourdi le guet, le pas et la venue
Et semé des poils blancs dans la barbe chenue
De l'Époux outragé de sa honte qu'il voit;
Et tous deux à jamais pris aux ruses du piège
Dans l'enchevêtrement du filet de la neige
Restent, couple captif autour de qui Vulcain,
Farouche et les bras nus sous le gel et le givre,
A l'enclume de bronze et d'un ciseau d'airain,
Martèle un parc d'argent et forge un ciel de cuivre.
L'HEURE
L'invariable buis et le cyprès constant
Bordent l'allée égale et le parterre où songe
Dans le bassin carré l'eau qui reflète et ronge
Un Triton fatigué de sa conque qu'il tend;
En sa gaîne de pierre aussi l'hermès attend
Que tourne autour de lui son socle qui s'allonge;
Un Pégase cabré, le pied pris dans sa longe,
Lève un sabot de bronze et gonfle un crin flottant.
L'heure est longue pour ceux qui, figés en statues,
Vol brisé, saut captif, dont les voix se sont tues,
Demeurent au jardin vaste et monumental;
Et le Temps qui s'en va, hibou noir ou colombe,
Dessine au vieux cadran de pierre et de métal
Une aile d'ombre oblique où fuit le jour qui tombe.
LA LOUANGE DES EAUX, DES ARBRES ET DES DIEUX
Plus même un cygne errant aux herbes qu'il remue
Dans l'eau silencieuse et déserte aujourd'hui,
De l'ombre de son aile en marquant l'heure aiguë
Ne trouble les bassins où rôde son ennui.