Travaille, croîs, grandis! que ta hauteur t'isole,
Et dresse dans le ciel sur le monde dompté
Ta rumeur obéie et ton bruit écouté;
Vis. Entasse la pierre et creuse l'alvéole.
Ce soir, Rome debout chante dans ta pensée
Le chant d'or et d'airain de sa gloire passée,
Et la Louve dans l'ombre allaite les Jumeaux.
N'as-tu pas bu comme eux aux sources de la vie
Le désir d'être seul qui les rendit rivaux
Jusques au sang versé sur la terre rougie?
VÉRONE
O Vérone! cité de vengeance et d'amour,
Ton Adige verdi coule une onde fielleuse
Sous ton pont empourpré, dont l'arche qui se creuse
Fait l'eau de bile amère et de sang tour à tour!
Le dôme, le créneau, la muraille, la tour,
Le cyprès dur jailli de la fente argileuse,
Et tes tombeaux guerriers et ta tombe amoureuse
Te parent orgueilleusement d'un noble atour.
C'est en vain que plus tard ta Soeur adriatique,
Dans la rouge paroi de ton palais de brique,
Incrusta son lion de pierre comme un sceau;
Son grondement ailé s'est tu dans l'air sonore
Où roucoule toujours et se lamente encore
La colombe plaintive et chère à Roméo.
LES SCALIGER
Ils dorment dans l'armure et couchés sur le dos,
Leurs mains jointes, pourtant, ont l'air prêtes encore
A l'épée, et leurs yeux que l'ombre eut peine à clore
Goûtent sournoisement un sommeil sans repos.