Aucun toit n'y fait luire, au soleil qui l'irise
Ou l'empourpre, dans l'air du soir ou du matin,
Sa tuile rougeoyante ou son ardoise grise…
Et personne jamais n'y fixa son destin

De tous ceux qui, passant, un jour, devant la grâce
De ce site charmant et qu'ils auraient aimé,
En ont senti renaître en leur mémoire lasse
La forme pacifique et le songe embaumé.

C'est ainsi que chacun rapporte du voyage
Au fond de son coeur triste et de ses yeux en pleurs
Quelque vaine, éternelle et fugitive image
De silence, de paix, de rêve et de bonheur.

Mais, sur la pente verte et lentement déclive,
Qui donc plante sa vigne et bâtit sa maison?
Hélas! et la colline inclinée et pensive
Avec le souvenir demeure à l'horizon!

L'OMBRE NUE

J'ai fait de mon Amour cette blanche statue.
Regarde-la. Elle est debout, pensive et nue,
Au milieu du bassin où la mire son eau
Qui l'entoure d'un double et symbolique anneau
De pierre invariable et de cristal fidèle.
La colombe en passant la frôle de son aile,
Car l'Amour est vivant en ce marbre veiné
Qui de son long regard que rien n'a détourné,
Contemple, autour de lui dans l'eau proche apparue,
La fraîcheur de son ombre humide, vaine et nue.

L'HEURE

Rapide, aiguë et furtive,
L'aiguille sur le cadran
Perce l'heure où elle arrive
De son dard indifférent.

La rose, de ses pétales,
Compte l'instant qui se suit
En minutes inégales
Qui s'effeuillent sans un bruit.

Le temps pour toi se divise
Selon que tu l'as pensé!
Qu'il s'abrège ou s'éternise
Il deviendra ton passé.