Emporte dans tes yeux la couleur de ses eaux.
Soit que son onde lasse aux sables se répande
Ou que son flot divers, mine, contourne ou fende
La pierre qui résiste ou cède à ses travaux;
Car, sonore aux rocs durs et plaintif aux roseaux,
Le fleuve, toujours un, qu'il gémisse ou commande,
Dirige par le val et conduit par la lande
La bave des torrents et les pleurs des ruisseaux.
Regarde-le. Il vient à pleins bords, et sa course
Mène jusqu'à la mer la fontaine et la source
Et le lac tout entier qu'il a pris en ses bras.
Sois ce fleuve, Passant! que ta pensée entraîne
En son cours où toi-même, un jour, tu les boiras,
Ta source intérieure et tes eaux souterraines.
LIED
Dors lentement avec des rêves
Légers de l'air pur respiré
Le long des rives fraternelles
Où nos pas doubles ont erré.
Dors doucement avec des songes
Parfumés des fleurs du chemin
Qui ce soir encore dans l'ombre
Sont odorantes de tes mains.
Dors seule en rêve avec toi-même.
Sois ton propre songe; il n'est pas
D'autre couronne pour ta tête
Que le cercle nu de tes bras.
L'URNE
Sépulcre de silence et tombeau de beauté,
La Tristesse conserve en cendres dans son urne
Les grappes de l'automne et les fruits de l'été,
Et c'est ce cher fardeau qui la rend taciturne,