Au centre, enseveli dans un vivant tombeau,
Un Encelade tord, sous l'amas noir des laves,
Son gigantesque corps qui, nu dans ses entraves,
Sent peser la vengeance et le roc pour fardeau.
Sa gorge horrible, tout le jour, a fait jaillir
L'écume qui retombe autour de lui, soupir
Monstrueux et grondant de sa rage enchaînée.
Mais, avec le soir sombre et l'heure qui s'avance,
A mesure, l'on voit, de sa bouche acharnée,
Le jet d'eau qui décroît accroître le silence.
LÉDA
Au centre du bassin où le marbre arrondi
Entoure une onde léthargique qui tressaille
D'une ride qu'y fait, de son bec qui l'entaille,
Un cygne se mirant à son miroir verdi,
Elle cambre son corps qu'une attente roidit;
Son pied nu touche l'eau que son orteil éraille,
Et sa langueur s'accoude à la rude rocaille,
Et son geste s'étire au métal engourdi.
Les cygnes nonchalants qui nagent autour d'elle
Approchent de la Nymphe et la frôlent de l'aile
Et caressent ses flancs de leurs cols onduleux;
Et le bronze anxieux dans l'eau qui le reflète
Semble encor palpiter de l'amour fabuleux
Qui jusqu'en son sommeil trouble sa chair muette.
LA NYMPHE
L'eau calme qui s'endort, déborde et se repose
Au bassin de porphyre et dans la vasque en pleurs
En son trouble sommeil et ses glauques pâleurs
Reflète le cyprès et reflète la rose.