La mer était basse et fort calme. Son clapotis venait mouiller les barques échouées que l’on voyait serrées à droite, près d’un promontoire, assez loin du fond même de la petite anse où, sur le sable, étaient assis des groupes de baigneurs. A gauche, en nappe, tout luisants d’algues et couverts d’enfants, de longs rochers plats s’étendaient. Au delà, commençait une légère falaise, couronnée de plantes et d’arbustes, dont les bastions se succédaient, de plus en plus hauts, jusqu’en un point marqué d’énormes blocs où le rivage accidenté de la rade de Brest reprenait brusquement son vrai caractère.

— Marie-Thérèse ! appela Hélène par deux fois.

Une petite fille, brune et cambrée, d’environ sept ans, qui édifiait tant bien que mal sa partie d’un fort, tourna la tête au second cri, parut hésiter, puis accourut en bondissant et traînant sa pelle.

— C’est l’heure de ton bain, ma chérie ! Tu vas tâcher de te conduire raisonnablement et de ne pas hurler comme avant-hier où les gens de l’hôtel te montraient au doigt, lui dit Hélène en appuyant sur sa frêle épaule pour la faire asseoir à ses pieds. Je te préviens qu’il t’en cuirait, reprit-elle plus bas, si tu te donnais en spectacle !

Marc arriva presque aussitôt, portant les costumes. Ses cheveux dérangés pendaient en longues mèches qu’il rejeta d’un tour de cou sur son occiput.

— Mais tu n’as pas le sens commun ! Mais tu es en nage ! fit d’une voix grondeuse la jeune femme en se levant pour appuyer sa main sans une bague sur la joue brûlante du garçon. Je vais déshabiller Marie-Thérèse. Reste ici, tu viendras quand je t’appellerai. Je ne veux pas que tu te baignes dans cet état-là !

Cinq minutes s’écoulèrent. Le garçon rêvait. Il s’était mis à l’abandon sur la chaise pliante que le départ de sa belle-mère avait rendue libre et, distraitement, regardait fuir des cascades de sable par les commissures de ses doigts. Hélène sortit de la cabine, précédant sa fille, et fit signe à Marc d’y entrer.

Comme elle venait de se rasseoir, l’enfant auprès d’elle :

— Tiens, vous voilà ! fit-elle, polie, sans nul empressement, en recevant sur son épaule une main maigre et brune dont l’index, une seconde, en lissa la chair, près de la bretelle du corsage. Elle est donc terminée, cette cérémonie !

— Oui, et vraiment je vous assure que c’était très bien !