— Et il vous obéit ?

— Comme à vous-même.

— Vous avez donc usé de la manière forte ?

Il se contenta de répondre négativement.

— Alors, je vois d’ici ce qu’il peut donner ! Joli bilan ! conclut-elle en haussant l’épaule. Une femme qui se figure vous avoir repris et un enfant livré près d’elle à tous ses caprices. Comme il est temps que je revienne pour mettre un peu d’ordre !

Les révélations de son amant l’avaient édifiée. Persuadée qu’elle courait au-devant d’une lutte, elle se rengorgea, se cambra, vaniteuse comme ces coqs qui lissent leur plumage avant d’affronter l’adversaire. On n’aurait pu lire sur son visage la trace d’un souci, ni dans son regard une expression qui ne fût celle de la plus sereine volonté. Georges la contemplait avec amour. Telle elle était partie, telle elle rentrait, n’ayant perdu, au cours de sa longue absence, aucun des éléments de fascination qui la lui rendaient si précieuse. Maintenant, attentive à la campagne d’Aix, elle évoquait à voix chantante, avec des mots fins, les souvenirs pleins de douceur qu’elle en avait eu : et le jeune homme, sans l’écouter, observait ses lèvres, trouvant délicieux de l’entendre et se sentant caressé par ses paroles comme si chacune directement s’appliquait à lui.

Personne, devant le seuil, ne les attendait. Seul, le jardinier les salua. Les chambres dormaient toutes derrière leurs persiennes et le dallage du vestibule, quand ils le foulèrent, rendit sous leurs pas un son morne. Ils gagnèrent la salle à manger. Mais aucune collation n’y était servie.

— Voilà, dit la jeune femme, qui commence bien !

Georges sonna.

— Le déjeuner de Mademoiselle devrait être ici ! jeta-t-il d’une voix sèche à la cuisinière.