Ces effets sont plus sensibles chez les esclaves attachés au service domestique, mieux soignés, mieux nourris. Non-seulement leurs traits et leur physionomie ont subi un changement visible, mais ils gagnent au moral[44].

Note 44:[ (retour) ] V. An Essay, etc., p. 20, 23, 24, 58, 77. etc.

Outre le fait incontestable des Albinos, Somering établit, par des observations multipliées, que l'on a vu des Blancs noircir, jaunir; des Nègres blanchir ou pâlir, surtout à l'issue de maladies[45]: quelquefois même, dans la grossesse, la membrane réticulaire des femmes blanches devient aussi noire que celle des Négresses d'Angola. Ce phénomène vérifié par le Cat, est confirmé par Camper, comme témoin oculaire[46]. Cependant Hunter soutient que quand la race d'un animal blanchit, c'est une preuve de dégénération. Mais s'ensuit-il que dans l'espèce humaine la variété blanche soit dégénérée? Ou faut-il, au contraire, avec le docteur Rush, dire que la couleur des Nègres est le résultat d'une léproserie héréditaire? Il s'appuie du chimiste Beddoes, qui avoit presque blanchi la main d'un Africain, par une immersion dans l'acide muriatique oxigéné[47]. Un journaliste propose, en ricanant, d'envoyer en Afrique des compagnies de blanchisseurs[48]. Cette plaisanterie, inutile pour éclaircir la question, est inconvenante quand il s'agit d'un homme distingué comme le docteur Rush.

Note 45:[ (retour) ] Ibid. §48.

Note 46:[ (retour) ] V. Dissertations sur les variétés naturelles qui caractérisent la physionomie, etc.; par Camper; traduit par Jansen, in-4º, Paris 1791, p. 18.

Note 47:[ (retour) ] V. Transactions of the American philosophical society, etc., in-4º, p. 287 et suiv.

Note 48:[ (retour) ] V. Monthly Review, t. XXXVIII, p. 20.

Les philosophes ne s'accordent pas à fixer quelle partie du corps humain doit être réputée le siège de la pensée et des affections. Descartes, Harthley, Buffon offrent chacun leurs systèmes. Cependant, comme la plupart le placent dans le cerveau, on a voulu en conclure que les plus grands cerveaux étoient les plus richement dotés en talens, et que les Nègres l'ayant plus petit que les Blancs, devoient leur être inférieurs. Cette assertion est détruite par des observations récentes; car divers oiseaux ont proportionnément le cerveau plus volumineux que celui de l'homme.

Cuvier ne veut pas que l'on mesure la portée de l'intelligence sur le volume du cerveau, mais sur celui de la partie du cerveau nommée les hémisphères, qui augmente ou diminue, dit-il, dans la même mesure que les facultés intellectuelles de tous les êtres dont se compose le règne animal. Mais Cuvier, modeste comme tous les vrais savans, ne propose sans doute cette idée que comme une conjecture; car pour tirer une conséquence affirmative, ne faudroit-il pas que nous connussions mieux les rapports de l'homme, son état moral? Combien de siècles s'écouleront peut-être avant qu'on ait pénétré ce mystère.

«Tout ce qui différencie les nations, dit Camper, consiste dans une ligne menée depuis les conduits des oreilles jusqu'au fond du nez, et une autre ligne droite qui touche la saillie du coronal au-dessus du nez, et se prolonge jusqu'à la partie la plus saillante de l'os de la mâchoire, bien entendu qu'il faut regarder les têtes de profil. C'est non-seulement l'angle formé par ces deux lignes qui constitue la différence des animaux, mais encore des diverses nations; et l'on pourroit dire que la nature s'est, en quelque sorte, servi de cet angle pour déterminer les variétés animales, et les amener comme par degrés jusqu'à la perfection des plus beaux hommes. Ainsi la figure des oiseaux décrit les plus petits angles, et ces angles augmentent à mesure que l'animal approche de la figure humaine. Je citerai pour exemple (c'est Camper qui parle) les têtes de singe, dont les unes décrivent un angle de quarante-deux degrés, les autres un de cinquante. La tête d'un Nègre d'Afrique, ainsi que celle du Calmouk, forment un angle de soixante-dix degrés, et celle d'un Européen en fait un de quatre-vingt. Cette différence de dix degrés fait la beauté des têtes européennes, parce que c'est un angle de cent degrés qui constitue la plus grande perfection des têtes antiques. De pareilles têtes, comme le plus haut point de beauté, ressemblent le plus à celle d'Apollon Pythien et de Méduse, par Sosocles, deux morceaux unanimement considérés comme les plus beaux[49]».