Note 247:[ (retour) ] V. Remarks upon the situation of the Negroes in Jamaica, in-8°, London 1788, p. 84 et suiv.
Note 248:[ (retour) ] V. Observations on the slave trade, in-8°, London 1789.
Clenard comptoit à Lisbonne plus de Maures et de Nègres que de Blancs, et ces Noirs, disoit-il, sont pires que des brutes[249]. Les choses ont bien changé; le savant secrétaire de l'académie de Portugal, Correa de Serra, cite plusieurs Nègres instruits, avocats, prédicateurs et professeurs qui, à Lisbonne, à Riojaneiro, et dans les autres possessions portugaises, se sont signalés par leurs talens. En 1717, le Nègre don Juan Latino enseignoit à Séville la langue latine; il vécut cent dix-sept ans[250]. La brutalité de ces Africains dont parle Clenard, n'étoit que le résultat de l'oppression et de la misère: lui-même reconnoît ailleurs leur aptitude. «J'enseigne, dit-il, la littérature à mes esclaves nègres; j'en ferai un jour des affranchis, et j'aurai mon Diphilus comme Crassus, mon Tyron comme Ciceron; ils écrivent déjà fort bien, et commencent à entendre le latin; le plus habile me fait la lecture à table[251]».
Note 249:[ (retour) ] V. Variétés littéraires, in-8°, Paris 1786, t. I, p. 39.
Note 250:[ (retour) ] Fait communiqué par de Lasteyrie.
Note 251:[ (retour) ] Ibid., p. 88.
Lobo, Durand, Demanet, qui ont résidé long-temps, le premier en Abyssinie, les autres en Guinée, trouvent aux Nègres un esprit vif et pénétrant, un jugement sain, du goût, de la délicatesse[252]. Divers écrivains ont recueilli des reparties brillantes, des réponses vraiment philosophiques de Noirs. Telle est la suivante, rapportée par Bryan-Edwards, d'un esclave endormi que son maître réveilloit, en disant: N'entends-tu pas maître qui appelle? le pauvre Nègre ouvre les yeux et les referme aussitôt, en disant: Sommeil n'a pas de maître.
Note 252:[ (retour) ] V. Durand, p. 58. Demanet, Histoire de l'Afrique française, t. II, p. 3. Relation historique de l'Abyssinie, par Lobo, in-4°, Paris 1728, p. 680.
Quant à leur intelligence pour les affaires, elle est bien connue dans le Levant. Tel étoit Farhan, vendu au prince de l'Yemen, qui le fit gouverneur de Loheia; ses talens, sa prudence, ses vertus domestiques ont été célébrés par Niebuhr, qui l'a connu. Michaud le père m'a dit avoir vu dans divers ports du golfe Persique, des Nègres à la tête de grandes maisons de commerce, recevant des envois, expédiant des bâtimens sur toutes les côtes de l'Inde. Il avoit acheté à Philadelphie, et amené en France un jeune Nègre de l'intérieur de l'Afrique, enlevé à un âge où déjà sa mémoire avoit recueilli quelques notions géographiques sur le pays qui l'avoit vu naître. Le naturaliste l'élevoit soigneusement, et se proposoit, après son éducation finie, de le renvoyer dans son pays natal, comme voyageur, pour explorer des contrées peu connues; mais Michaud étant allé mourir sur les côtes de Madagascar, son Nègre, qui l'avoit suivi, a été vendu impitoyablement. J'ignore si l'on a fait droit aux réclamations de Michaud fils contre ce trait d'inhumanité.
Quelquefois, chez les Turcs, les Nègres arrivent aux postes les plus éminens; les écrivains s'accordent à citer le Kislar-Aga, ou chef des eunuques noirs de la Porte, en 1730, comme un homme d'une sagesse profonde et d'une expérience consommée[253].