Il se distingua tellement par ses bonnes moeurs et ses talens, que le recteur et le conseil de l'Université de Wittemberg, crurent devoir, en 1733, lui rendre un hommage public par une épître de félicitation; ils rappellent que Térence aussi étoit d'Afrique; que beaucoup de martyrs, de docteurs, de pères de l'église, sont nés dans ce même pays où les lettres étoient florissantes, et qui, en perdant le christianisme, est retombé dans la barbarie.

Amo donnoit avec succès des cours particuliers, dont la même épître fait éloge: dans un programme publié par le doyen de la faculté de philosophie, il est dit de ce savant Nègre, qu'ayant discuté les systèmes des anciens et des modernes, il a choisi et enseigné ce qu'ils ont de meilleur[285].

Note 285:[ (retour) ] Excussis tam veterum quam novorum placitis, optima quæque selegit, selecta enucleate ac dilucide interpretatus est.

Amo, devenu docteur, soutint, en 1734, à Wittemberg, une thèse, et publia une dissertation sur les sensations considérées comme absentes de l'ame, et présentes au corps humain[286]. Dans une lettre que lui écrit le président, il l'appelle vir nobilissime et clarissime; ainsi l'Université de Wittemberg n'avoit pas, sur la différence de couleur, les préjugés absurdes de tant d'hommes qui se prétendent éclairés. Le président déclare n'avoir fait aucun changement à la Dissertation d'Amo, parce qu'elle est bien faite. Effectivement, l'ouvrage annonce un esprit exercé à la méditation; il s'attache a établir les différences de phénomènes entre les êtres existans sans vie, et ceux qui ont la vie; une pierre existe, mais elle n'est pas vivante.

Note 286:[ (retour) ] Dissertatio inauguralis philosophica de humanæ mentis APATHEIA (grec) seu sensionis ac facultates sentiendi in mente humana absentia, et earum in corpore nostro organico ac vivo præsentia, quam præside, etc., publice defendit autor Ant. Guil. Amo, Guinea-afer philosophiæ, ect. L. C. magister, etc., 1734, in-4°, Wittenbergæ. A la fin sont imprimées plusieurs pièces, entre autres les lettres de félicitation du recteur, etc.

Il paroît que les discussions abstruses avoient pour notre auteur un attrait particulier, car, devenu professeur, il fit soutenir, dès la même année, une thèse analogue à la précédente, sur le discernement à établir entre les opérations de l'esprit et celles des sens[287]. La cour de Berlin lui avoit conféré le titre de conseiller d'État[288]; mais après la mort du prince de Brunswick, son bienfaiteur, Amo, tombé dans une mélancolie profonde, résolut de quitter l'Europe qu'il avoit habitée pendant trente ans, et de retourner dans sa terre natale à Axim, sur la Côte-d'Or. Il y reçut, en 1753, la visite du savant voyageur et médecin David-Henri Gallandat, qui en parle dans les Mémoires de l'Académie de Flessingue, dont il étoit Membre.

Note 287:[ (retour) ] Disputatia philosophica continens ideam distinctam carun quoe competunt vel menti vel corpori nostro vivo et organico, quam consentiente amplissimorum philosophorum ordine praeside M. Ant. Guil. Amo, Guinea-afer, defendit Joa. Theod. Mainer, philos., et J.V. Cultor, in-4º, 1734, Wittenbergoe.

Note 288:[ (retour) ] V. Le Monthly magazine, in-8º, New-York 1800, t. I, p. 453 et suiv.

Amo, alors âgé d'environ cinquante ans, y menoit la vie d'un solitaire; son père et sa soeur existaient encore, et son frère étoit esclave à Surinam. Quelque temps après, il quitta Axim, et s'établit à Chamat, dans le Fort de la compagnie hollandaise de Saint-Sébastien[289].

Note 289:[ (retour) ] V. Verhandelingen vitgegeven door het zeeuwsch genootschap der wetenschappen te Vlissingen, in-8°, te Middelburg 1782, t. IX, p. 19 et suiv.