Op. 1.Premiers trios au prince Lichnowsky, écrits en 1795.
Op. 2.Premières sonates à Haydn, publiées en1796.
Op. 8.Sérénade en , pour violon, alto et violoncelle,publiée en 1797.
Op. 13.Sonate pathétique en ut mineur, publiée en1799.
Op. 20.Septuor pour violon, alto, cor, clarinette,basson, violoncelle et contrebasse, composéen 1800.
Op. 21.Première symphonie en ut majeur, exécutéeen 1800. (Forte influence de Mozartet surtout d'Haydn).
Op. 27.Sonate quasi fantasia en ut dièze mineur, publiée en 1802 (avec son adagio d'une si poétique et si profonde désespérance et intitulée, on ne sait pourquoi ni par qui,le Clair de lune).
Op. 30.Sonates pour piano et violon à l'empereur Alexandre, composées vers 1801-1802.
Op. 36.Deuxième symphonie en (avec son finaled'une chaleur toute dramatique).
Op. 37.Concerto en ut mineur, composé en 1800.
Op. 47.Sonate pour piano et violon dédiée àKreutzer, composée en 1802.
Op. 55.Troisième symphonie en mi bémol (héroïque).—Cette symphonie avait été dédiée à Bonaparte; Beethoven arracha la dédicace, après la campagne de 1804 (magnifique marche funèbre, exécutée en 1805).
Op. 60.Quatrième symphonie en si bémol, écrite vers 1806 (avec son suave cantabile).
Op. 62.Ouverture de Coriolan, composée en 1807.
Op. 67.Cinquième symphonie en ut mineur, la plus belle des compositions uniquement instrumentales.
Op. 68.Sixième symphonie en fa (Pastorale), publiée en 1809.
Op. 72a.Léonore, opéra en deux actes, composé en 1803, joué à Vienne en 1805, repris en trois actes sous le titre de:
Op. 72b.Fidelio, joué en 1814.
Op. 80.Fantaisie en ut mineur, avec orchestre et chœur, composée en 1808, publiée en 1811.
Op. 84.Musique pour le drame de Gœthe, Egmont (ouverture magistrale, composée en 1810).
Op. 85.Christus am Œlberge. Le Christ au mont des Oliviers, composé en 1800, exécuté en 1811.
Op. 92.Septième symphonie en la. (Cette symphonie est une pastorale; mais, par un singulier ralentissement du mouvement, l'allegretto, joué andante, est devenu la plus sublime marche funèbre qui existe. On réagit, de nos jours, contre cette transformation.)
Op. 93.Huitième symphonie en fa, avec son adorable allegretto scherzando (1813).
Op. 96.Sonate pour piano et violon, dédiée à l'archiduc Rodolphe, composée en 1812.
Op. 123.Messe en , commencée en 1818, finie en 1823.
Op. 125.Neuvième symphonie en ré mineur, avec chœurs, commencée en 1817, terminée en 1824.
Op. 127. Les derniers quatuors, écrits dans la période des dernières années de la vie de Beethoven, de 1824 à 1826[17].
130.
131.
132.
135.

[17] Il faut encore ajouter à cette liste les divers trios pour piano, violon et violoncelle et ceux pour violon, alto et violoncelle. Du reste, nous nous sommes contenté de nommer ici les œuvres de Beethoven qui nous ont semblé les plus célèbres et les plus importantes; mais cette liste est tout arbitraire et rien n'empêche le lecteur d'ajouter telle ou telle autre belle page à celles que nous mentionnons ici.

Aucune œuvre n'est mieux connue que celle de Beethoven; il a laissé des lettres et un grand nombre de petits cahiers qu'il portait toujours avec lui et sur lesquels il écrivait ses pensées musicales et autres, ainsi que ses esquisses de compositions.

Il semble que toute sa musique n'ait tendu que vers un seul but: la symphonie; souvent, ses sonates, ses trios, ses quatuors, ses concertos de piano eux-mêmes sont de magnifiques esquisses pour des tableaux plus magnifiques encore.

De tous ces chefs-d'œuvre, ce sont, en effet, les neuf symphonies qui sont les compositions maîtresses. Avec Beethoven, la symphonie de Mozart et d'Haydn arrive à la perfection de sa forme; comme les livres d'Hérodote, chacune des neuf symphonies de Beethoven pourrait prendre le nom d'une muse. Voyons-les toutes d'un rapide coup d'œil, et nous comprendrons quelle est la puissance de la musique instrumentale, puisque dans ces neuf livres sont exprimées, avec une prodigieuse élévation, les plus poétiques sensations de l'âme humaine.

On a distingué chez Beethoven trois styles, ou trois manières: la première commence avec sa première œuvre jusqu'à l'œuvre 26 (sonate en la bémol); la seconde commence à cette sonate jusqu'à l'œuvre 56, et la troisième débute à la 25e sonate. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner ni de discuter cette classification assez arbitraire; mais si elle est applicable, à la rigueur, au style et à la facture du maître, elle ne cadre pas avec le caractère poétique de chacune des symphonies. La facture change graduellement pour former ce que l'on appelle des manières, mais l'imagination, toujours capricieuse, passe de la plus délicieuse peinture aux plus déchirants cris de douleur. La première symphonie est un hommage rendu aux maîtres du passé; mais, dès la symphonie en , nous entrons en plein Beethoven: éclatante et fière, elle est comme le cri de victoire du génie; en revanche, quelle majesté et quelle douleur dans l'héroïque! Puis Beethoven abandonne ce ton épique pour reprendre un chant moins élevé, et la symphonie en si bémol semble presque appartenir au genre de demi-caractère, si on la compare à l'héroïque, qui la précède, et à celle en ut mineur, qui la suit. Entre toutes, la symphonie en ut mineur est la plus belle, avec la neuvième. Est-elle, comme on l'a dit, l'expression d'une douleur personnelle? Je ne sais, mais jamais la pensée humaine n'a trouvé en musique un plus sublime langage pour exprimer la lutte poignante de l'homme contre l'anéantissement et le désespoir. Tout à coup, par un singulier retour du génie de Beethoven, nous passons à des sentiments infiniment plus doux. C'est la nature avec son charme, ce sont les sensations qu'elle nous fait éprouver qui inspirent le maître. Les deux bucoliques de la Symphonie pastorale et de la symphonie en la rappellent à l'auditeur Virgile plutôt qu'Homère; enfin, au moment même où le maître jetait les premières esquisses de la formidable symphonie avec chœurs, il achevait de broder, d'une main légère, cette merveille de grâce et d'élégance qui a nom la symphonie en fa.

FIG. 96.—AUTOGRAPHE MUSICAL DE BEETHOVEN (Bibliothèque nationale).

Avec ces huit symphonies, Beethoven comprit qu'il avait parcouru, dans la musique purement instrumentale, le cercle des émotions qu'elle pouvait exprimer; les instruments ne lui suffisant plus, il y joignit les voix, et de cette alliance naquit la neuvième symphonie, monument colossal autour duquel errent encore les musiciens inquiets. Ici, l'intention de marier le drame à la symphonie est manifeste; avec la neuvième, nous sommes en plein drame, non pas celui qui nous fait assister aux aventures de personnages plus ou moins imaginaires, mais celui qui consiste dans la peinture et l'expression de la passion humaine.