Un grand nombre de musiciens se sont faits les imitateurs du maître, tels que MM. Ponchielli (1834), Marchetti (1831), Usiglio (1841), Faccio (1841), Mancinelli (1848), Mabellini (1817), Mazzucatto (1813 † 1877). D'autres ont brillé dans le genre bouffe, comme les frères Ricci (Federico) (1809 † 1877) et (Luigi) (1805), Petrella (1813 † 1877), Cagnoni (1828), Pedrotti (1817). D'autres enfin entrent résolument dans la voie nouvelle, sans cependant se séparer complètement de la tradition verdiste, comme MM. Gobati (1850) et Sgambati. On peut compter à la tête de l'école progressiste M. Boïto (1840), un littérateur musicien, dont le Mefistofele a fait la réputation.
En France, depuis une trentaine d'années, le genre symphonique a pris un immense développement; mais qu'on ne croie pas, comme on l'a dit, que l'art dramatique musical ait disparu de notre pays. Il s'est seulement un peu déplacé, pour des raisons que je ne puis donner dans ces notes trop rapides.
Parmi nos maîtres modernes, les uns ont cherché à élever notre musique vers les hautes sphères de la poésie lyrique, les autres sont restés fidèles aux anciennes traditions. Voici MM. Gounod (1818) et Thomas (1811), dont j'ai à peine besoin de nommer les œuvres. Citons de M. Gounod Sapho, magnifique et poétique début d'un maître, Faust, Roméo et Juliette, partitions d'un adorable charme, Mireille, Philémon et Baucis, le Médecin malgré lui, œuvres si finement ciselées, pour ne parler que des plus connues. M. Thomas est le doux et charmant rêveur, au style tissé d'or et de perles, qui a écrit le Songe d'une nuit d'été et Mignon, le musicien lyrique d'Hamlet, le spirituel railleur du Caïd. A côté d'eux, était M. Massé (1822 † 1884), qui, un des premiers, fut novateur dans l'opéra-comique français, avec Galatée, tout en restant, avec les Noces de Jeannette, dans l'ancienne tradition; Paul et Virginie a été son dernier succès. M. Reyer est allé plus loin: avec la Statue, il est entré hardiment dans la voie ouverte par Berlioz; Sigurd, joué dernièrement à Bruxelles, et Salammbô, ont montré un compositeur puissant, fier, chevaleresque et dramatique. Tout à fait parmi les jeunes, mais déjà parmi les maîtres, brillent MM. Jules Massenet et Cam. Saint-Saëns. Quoique pour eux le théâtre s'ouvre trop rarement, ils ont su déjà donner la mesure de leur valeur dramatique, M. Massenet avec le Roi de Lahore, avec Hérodiade, le Cid et le Mage; M. Saint-Saëns avec Henri VIII, Ascanio, et surtout Samson et Dalila, œuvre de noble et grande allure. A l'Opéra-Comique, Manon et Esclarmonde, de M. Massenet, ont montré ce que savait faire le jeune maître dans le genre tempéré.
Malgré leur grand talent, malgré leur éclatante réputation, ces deux musiciens ont lutté longtemps avant d'aborder le théâtre; ils n'y sont arrivés qu'à grand'peine, après avoir marqué leur place au concert: M. Massenet, avec les Érynnies, Marie-Magdeleine, Ève, etc.; M. Saint-Saëns, avec le Rouet d'Omphale, la Danse macabre, le Déluge, etc. Quoique mort depuis dix ans déjà, Bizet (1838 † 1875) brille encore au premier rang de la jeune école. Il fut longtemps méconnu, et des œuvres remarquables de lui, comme les Pêcheurs de perles, Djamileh, l'Arlésienne, ont été accueillies froidement; aujourd'hui on rend une équitable mais tardive justice à Carmen, qui fut joué en 1875, trois mois avant la mort de l'auteur, au moment où celui-ci allait recueillir enfin le succès et la gloire qui lui étaient dus depuis longtemps.
Parmi les artistes qui semblent tourner les yeux vers l'ancien opéra-comique, il faut nommer M. Delibes (1836 † 1891), musicien élégant et spirituel; M. Ernest Guiraud, qui sait unir la poésie moderne à la forme scénique ancienne; M. Poise (1828), qui se plaît dans la musique toute poudrée, mais non poudreuse, du XVIIIe siècle.
Citons enfin partout, sans faire de choix, au théâtre et au concert, MM. Th. Dubois, César Franck, Paladilhe, Lenepveu, Duprato, Godard, Pessard, Semet, Wildor, Bourgault-Ducoudray, compositeur de talent et savant professeur; parmi les femmes, Mme de Grandval et Mlle Holmès; notons, bien différents l'un de l'autre, M. Lalo, un symphoniste qui s'est révélé musicien dramatique avec le Roi d'Ys, et M. Mermet (1809 † 1889), dont le bruyant et immense succès de Roland à Roncevaux ne s'est pas renouvelé; finissons par les noms de M. Joncières, l'auteur applaudi de Dimitri et du Chevalier Jean, et de M. Salvayre, un musicien qui semble doué de puissantes qualités dramatiques.
Si nous descendons de plusieurs degrés, nous allons rencontrer l'opérette, qui tient le milieu entre le vaudeville à couplets et l'ancien opéra-comique. D'abord, elle est insensée, bouffonne et presque grotesque, avec deux musiciens fantaisistes, mais non sans idées, Jacques Offenbach (1819 † 1880) (fig. 139) et Hervé. Mais cette muse folle et court-vêtue se transforme, elle aussi; elle est entrée depuis quelques années dans une voie moins excentrique, avec M. Ch. Lecocq. L'opéra-comique ancien était venu de la comédie à ariettes, il y est retourné: pourquoi n'en reviendrait-il pas?
FIG. 139.—OFFENBACH (JACQUES).