Malgré leur titre de chansons, les romans héroïques en vers, ou chansons de gestes, contenaient peu de musique; ou, s'ils en avaient, c'était comme une sorte de refrain, pour soutenir le débit du récitant. En revanche, les romances, les pastourelles, petits poèmes amoureux et villageois, étaient chantées sur des mélodies d'un rythme facile, ainsi que le serventois, sorte de poème souvent satirique. Venu de la Bretagne armoricaine, le lai, récit pittoresque de quelque aventure touchante ou comique, avait un genre de mélodie assez développée qui lui était particulier. Il en était de même du jeu parti, lorsqu'il comportait de la musique.

Le motet, le rondeau et le conduit étaient des compositions artistement composées à plusieurs parties. Souvent les conduits étaient sans paroles, ce qui permet de supposer que beaucoup de ces compositions étaient instrumentales.

S'il nous reste bon nombre de morceaux de tout genre, il n'est point facile de nous imaginer comment on les exécutait. Cependant nous savons que le chant était un art important au XIIIe siècle, nous savons même que la virtuosité était en grand honneur; dans les concerts, comme à l'église, on entendait partout des chantres et des ménestrels, hommes et femmes, lutter de vocalises et de fioritures. Foudres papales, interdictions épiscopales, rien ne pouvait arrêter le luxe des ornements dans la musique. «Il faut, disait Jean XXIII, que les hommes chantent d'une manière virile et non avec des voix aiguës et factices, en imitant les femmes; il faut qu'ils évitent de chanter d'une voix lascive et légère, comme les histrions.» La parole pontificale était toujours restée sans effet; et que pouvaient faire pareilles défenses, lorsque les évêques eux-mêmes étaient complices?

Ces chanteurs habiles et exercés étaient accompagnés par divers instruments. On est assez porté à croire que les musiciens des époques reculées connaissaient peu d'instruments de musique. C'est une erreur, et l'on pourrait même dire que les instruments sont d'autant plus nombreux que l'art est moins avancé. Pendant tout le moyen âge, ce que nous appelons aujourd'hui instrumentation, c'est-à-dire l'art de combiner les sonorités d'après les rapports des timbres, n'existait réellement pas; mais les instruments étaient en grand nombre. Les miniatures, les sculptures, les bas-reliefs nous en montrent une étonnante variété; les poètes et les chroniqueurs en citent peut-être plus encore.

Avant d'entrer dans quelques détails, que le lecteur nous permette de présenter dans un seul tableau les instruments du XIIIe siècle. Des tableaux semblables à la fin du XVIe et pour l'époque contemporaine nous mettront à même de faire aisément la comparaison.

INSTRUMENTS DE MUSIQUE DU XIIIe SIÈCLE.

INSTRUMENTS A CORDES.INSTRUMENTS A VENT.PERCUSSION.
FROTTÉES.PINCÉES.FRAPPÉES.A BEC.A ANCHE.A RÉSERVOIR.A BOCAL.A BAGUETTES.SANS BAGUETTES.
GENRE VIOLE
  • Vièle.
  • Gigue.
  • Rebec.
  • Crowth.
GENRE VIELLE
  • Organistrum.
  • Chifonie.
GENRE LUTH
  • Luth.
  • Mandore.
  • Citole.
GENRE GUITARE
  • Guiterne.
  • Guitare mauresque.
GENRE HARPE
  • Harpe.
  • Harpe double ou irlandaise.
  • Psaltérion.
  • Canon.
  • Dulcimer.
  • Flûtes.
  • Flûte droite.
  • Flageolet.
  • Flûte traversière.
  • Fifre.
  • Flûte Bréhaigne.
  • Hautbois.
  • Chalumeau.
  • Muse.
  • Pipe.
  • Bombarde.
  • Douçaine.
GENRE CORNEMUSE
  • Muse.
  • Chevrette.
  • Cornemuse.
GENRE ORGUE
  • Grandes orgues.
  • Orgues portatives ou régales.
GENRE TROMPETTE
  • Trompette.
  • Buccine.
  • Trompe.
GENRE CLAIRON
  • Clairon.
  • Grèle.
GENRE COR ET CORNET
  • Cor.
  • Corne.
  • Cornet.
  • Oliphant.
  • Cor sarrasinois.
GENRE TAMBOUR
  • Tambour.
  • Tabor.
  • Tympanon.
  • Bedon.
GENRE TIMBALES
  • Nacaires.
  • Clochettes.
  • Cymbales.
  • Grelots.
  • Triangle.
  • Carillon.
GENRE CASTAGNETTES
  • Eschelettes.
  • Tartavelles.
  • Taules.