Riemann (Hugo). Studien zur Geschichte der Notenschrift, in-8o, 1858.
Schultz (Alwin). Das Höfische Leben zur Zeit der Minnesänger, in-8o, 1879.
Sepet (M.). Les Prophètes du Christ, études sur les origines du théâtre au moyen âge, in-8o, 1878.
Von der Hagen. Minnesänger. Deutsche Liederdichter, 1834. 5 volumes.—(La musique en notation moderne et en fac-similé de ces musiciens-poètes se trouve dans le quatrième volume.)
CHAPITRE III
DU XIVe AU XVIe SIÈCLE
La philosophie, la littérature et la musique.—Les Artistes: les ménétriers, leur corporation et leur roi en France; les meistersänger en Allemagne.—La notation: nouveaux signes, prolations, l'impression musicale.—Musique: contrepoint, canons et rébus, chansons et madrigaux.—Instruments: le violon, le luth, le clavecin, les familles.—Représentations musicales: bals, concerts et ballets; les mystères et le théâtre profane, les premiers opéras.—La Réforme en Allemagne, en Angleterre, en France.—Les Maîtres des XIVe, XVe et XVIe siècles: l'école franco-belge, Guillaume de Machault, Ockeghem, Josquin Desprez, Goudimel, Orlando de Lassus.—L'école allemande: Gumpelzheimer, Senfl, Schulz, etc.—L'école italienne: Gastoldi, Gesualdo, Merulo, Palestrina; fin du moyen âge.
Ars nova, tel était le nom que les théoriciens donnaient à la musique que le XIIIe siècle avait inaugurée. Ce nouvel art, fondé par les vieux troubadours et trouvères et par les gothiques harmoniseurs du déchant, se transformera peu à peu, se dégagera des entraves de la scolastique musicale, pour s'épanouir, après plus de trois siècles, dans la forme calme, magnifique et sereine de Palestrina, mais l'on ne pourra méconnaître qu'un indissoluble lien unit les motets encore barbares des déchanteurs du XIIIe siècle aux majestueuses compositions du XVIe.
La voie que suivirent les musiciens des XIVe et XVe siècles était tout indiquée. Ils devaient fatalement tenter de perfectionner le déchant, légué par ceux qui les avaient précédés; guidés inconsciemment par leur oreille, ils devaient aussi accentuer de plus en plus la tendance moderne, qui les éloignait des tons du plain-chant; le mot restait toujours le même, mais la chose changeait à chaque quart de siècle; malheureusement, cette lutte, qu'il faut signaler, sous peine de manquer aux premières lois de l'histoire, fut retardée par l'esprit même de cette époque, esprit auquel les musiciens ne pouvaient rester étrangers. On sait dans quelles entraves se débattit l'esprit humain, pendant les deux siècles qui précédèrent l'époque dite de la Renaissance. Pris entre la rigide théologie et la raisonneuse scolastique, il luttait pour apprendre, et après avoir appris il luttait encore pour conquérir le droit de savoir. Les XIIe et XIIIe siècles avaient été simples et grands: combien de monuments impérissables sont là pour le prouver! Torturé, le génie des XIVe et XVe siècles tortura de son côté ses œuvres, usa ses forces dans des recherches ingénieuses, aima le difficile jusqu'à la passion, fouilla jusque dans l'impossible. Les musiciens, eux aussi, entrèrent dans cette voie; ils rejetèrent l'invention naturelle et facile, cette grâce ingénue de l'art; ils aimèrent les combinaisons énigmatiques. Non contents de rechercher les bizarreries, ils voulurent les rendre plus bizarres encore par une écriture compliquée: renchérissant à l'envi sur la notation proportionnelle, dont nous avons indiqué les singularités, ils multiplièrent les signes, en changèrent le sens, le cachant encore sous des rébus, plus incompréhensibles qu'ingénieux; le difficile devint leur idéal, et ce fut pendant près de trois siècles comme un dédale d'inextricables subtilités.
Tel fut le caractère de la musique du XIVe au XVIe siècle, jusqu'aux prédécesseurs directs de Palestrina et jusqu'à Palestrina lui-même. Mais, de même qu'en cherchant la pierre philosophale les savants découvrirent de grandes et utiles lois de physique et de chimie, de même, le pénible et incessant labeur auquel se livrèrent les musiciens de cette époque curieuse finit par porter ses fruits; ils avaient créé, sans le savoir, l'harmonie et la mélodie moderne.