David est sacré roi d'Israël.
Enfin Dieu se révéla à Samuël, et lui dit: Jusqu'à quand pleurerez-vous Saül, puisque je l'ai rejeté, et que je ne veux plus qu'il règne sur Israël? Emplissez d'huile la corne que vous avez, et venez, afin que je vous envoie à Isaï de Beth-lehem; car je me suis choisi un roi entre ses enfants. Et lorsque Samuël craignit que Saül ne l'apprît et ne le fît mourir, il lui fut conseillé de prendre un veau en prétextant de vouloir sacrifier à l'Eternel, d'appeler Isaï avec ses fils au festin du sacrifice et de sacrer celui que Dieu lui montrerait. Samuël fit donc tout ce que lui fut ordonné; il sacra le plus jeune d'entre les fils d'Isaï, nommé David, berger, d'une mine avantageuse, qui s'entendait parfaitement dans la musique et dans la poésie, et se distinguait particulièrement par son courage et sa bravoure. Or, depuis le moment qu'il fut sacré, l'esprit de l'Eternel fut toujours en David; mais en même temps l'esprit de l'Eternel se retira de Saül, qui était agité du malin esprit (de la [pg 145] mélancolie). Alors les officiers de Saül lui dirent: Vous voyez que le malin esprit vous inquiète. S'il plaît au roi notre seigneur de l'ordonner, vos serviteurs chercheront un homme qui sache toucher la harpe, afin qu'il en joue lorsque le malin esprit vous agitera, et que vous en receviez du soulagement. Saül dit à ses officiers: Cherchez-moi donc quelqu'un qui sache bien jouer de la harpe, et amenez-le-moi. L'un d'entre eux lui répondit: J'ai vu l'un des fils d'Isaï de Beth-lehem, qui sait fort bien jouer de la harpe. C'est un jeune homme très-fort, propre à la guerre, sage dans ses paroles, d'une mine avantageuse, et l'Eternel est avec lui. Saül fit donc dire à Isaï: Envoyez-moi votre fils David, qui est avec les troupeaux. Isaï aussitôt prit un âne qu'il chargea de pain, d'une bouteille de vin et d'un chevreau, et il les envoya à Saül par son fils David. David vint donc trouver Saül, et se présenta devant lui. Saül l'aima fort et le fit son écuyer. Il envoya ensuite dire à Isaï: Que David demeure auprès de ma personne; car il a trouvé grâce devant mes yeux. Ainsi toutes les fois que l'esprit malin se saisissait de Saül, David prenait sa harpe et en jouait, et Saül en était soulagé et se trouvait mieux.
David triomphe du géant Goliath.
Les Philistins s'assemblèrent de nouveau pour combattre Israël, ils se rendirent tous à Socho, dans la tribu de Juda. Saül d'autre part et les enfants d'Israël s'étant aussi assemblés, vinrent en la vallée du Térébinthe, et mirent leur armée en bataille pour combattre les Philistins. Les Philistins étaient d'un côté sur une montagne, Israël était de [pg 146] l'autre sur une autre montagne; et il y avait une vallée entre eux. Or, il arriva qu'un géant sortit du camp des Philistins. Il s'appelait Goliath, il avait six coudées et un palme de haut. Il avait en tête un casque d'airain et était revêtu d'une cuirasse à écailles, qui pesait cinq mille sicles d'airain. Il avait sur les cuisses des cuissards d'airain, et un bouclier d'airain lui couvrait les épaules. La hampe de sa lance était comme ces grands bois dont se servent les tisserands, et le fer de sa lance pesait six cents sicles de fer; et son écuyer marchait devant lui. Cet homme vint se présenter devant les bataillons d'Israël, et leur criait: Pourquoi venez-vous donner bataille? Ne suis-je pas Philistin, et vous serviteurs de Saül? Choisissez un homme d'entre vous, et qu'il vienne se battre seul à seul. S'il ose se battre contre moi et qu'il m'ôte la vie, nous serons vos esclaves; mais si j'ai l'avantage sur lui, et que je le tue, vous serez nos esclaves, et vous nous serez assujettis. C'est ainsi que ce Philistin se présentait au combat le matin et le soir, et cela dura pendant quarante jours.—Saül et tous les Israélites entendant ce Philistin parler de la sorte, étaient frappés d'étonnement, et tremblaient de peur. Or David, fils d'Isaï, avait quitté Saül et s'en était retourné à Beth-lehem pour mener paître les troupeaux de son père. Trois de ses frères, les plus grands, avaient suivi Saül à l'armée. Il arriva qu'au même temps Isaï dit à David son fils: Prends pour tes frères une mesure de farine d'orge et ces dix pains, et cours à eux jusqu'au camp. Porte aussi ces dix fromages pour leur mestre de camp: vois comment tes frères se portent. David s'étant donc levé dès la pointe du jour, laissa à un homme le soin de son troupeau, et s'en alla, chargé, au camp, selon l'ordre qu'Isaï lui avait donné. Il courut au lieu du combat et s'enquit de l'état [pg 147] de ses frères. Lorsqu'il leur parlait encore, ce Philistin, appelé Goliath, sortit du camp des Philistins, et David lui entendit répéter ses provocations habituelles. Tous les Israélites ayant vu Goliath, fuirent devant lui tremblants de peur. Mais David dit à ceux qui étaient auprès de lui: Que donnera-t-on à celui qui tuera ce Philistin et qui ôtera l'opprobre d'Israël? Car, qui est ce Philistin pour insulter ainsi l'armée du Dieu vivant? Et le peuple lui répondit: S'il se trouve un homme qui puisse le vaincre, le roi le comblera de richesses, lui donnera sa fille en mariage, et rendra la maison de son père exempte de tribut dans Israël. Or, ces paroles de David ayant été entendues, elles furent rapportées à Saül. Et Saül l'ayant fait venir devant lui, David lui parla de cette sorte: Que personne ne s'épouvante de ce Philistin; votre serviteur est prêt à aller le combattre. Saül lui dit: Vous ne sauriez résister à ce Philistin, ni combattre contre lui; parce que vous êtes encore tout jeune, et que celui-ci est un homme nourri à la guerre depuis sa jeunesse. David répondit à Saül: Lorsque votre serviteur menait paître le troupeau de son père, il venait quelquefois un lion ou un ours qui emportait un bélier du milieu du troupeau. Alors je courais après eux, je les battais et je leur arrachais le bélier d'entre les dents; et lorsqu'ils se jetaient sur moi, je les prenais à la gorge, je les étranglais et je les tuais. C'est ainsi que votre serviteur a tué un lion et un ours, et il en sera autant de ce Philistin; l'Eternel, qui m'a délivré des griffes du lion et de la gueule de l'ours, me délivrera encore de la main de ce Philistin. Saül dit donc à David: Allez, et que l'Eternel soit avec vous. Il le revêtit ensuite de ses armes, lui mit sur la tête un casque d'airain, et l'arma d'une cuirasse. Et David s'étant mis une épée au côté, commença à essayer [pg 148] s'il pourrait marcher avec ses armes, ne l'ayant point fait jusqu'alors. Et il dit à Saül: Je ne saurais marcher ainsi, parce que je n'y suis pas accoutumé. Ayant donc quitté ses armes, il prit le bâton qu'il avait toujours à la main, choisit dans le torrent cinq pierres très-polies, et les mit dans sa panetière qu'il avait sur lui; et tenant à la main sa fronde, il marcha contre le Philistin. Le Philistin s'avança aussi et s'approchant de David, il le méprisa et lui dit: Suis-je un chien, pour que tu viennes à moi avec un bâton? Et ayant maudit David en jurant par ses dieux, il ajouta: Viens à moi, et je donnerai ta chair à manger aux oiseaux du ciel et aux bêtes de la terre. Mais David dit au Philistin: Tu viens à moi avec l'épée, la lance et le bouclier; mais moi je viens à toi au nom de l'Eternel, du Dieu des troupes d'Israël, auxquelles tu as insulté aujourd'hui. L'Eternel te livrera entre mes mains; je te tuerai, afin que toute la terre sache qu'il y a un Dieu dans Israël, et que toute multitude d'homme reconnaisse que ce n'est point par l'épée ni par la lance que l'Eternel sauve; parce qu'il est l'arbitre de la guerre, et ce sera lui qui vous livrera entre nos mains. Le Philistin s'avança donc, et marcha contre David. Et lorsqu'il en fut proche, David se hâta et courut contre lui pour le combattre. Il mit la main dans sa panetière, il en prit une pierre, la lança avec sa fronde, et en frappa le Philistin dans le front. La pierre s'enfonça dans le front du Philistin, et il tomba le visage contre terre. Ainsi David remporta la victoire sur le Philistin avec une fronde et une pierre seule, il le renversa par terre, et le tua. Et comme il n'avait point d'épée à la main, il courut, et se jeta sur le Philistin: il prit son épée, la tira du fourreau, et acheva de lui ôter la vie.—Les Philistins voyant que le plus vaillant d'entre eux était mort, s'enfuirent. Et les Israélites [pg 149] s'élevant avec un grand cri, les poursuivirent jusqu'à la vallée et aux portes d'Accaron, et pillèrent le camp de leurs ennemis.
David et Saül: bravoure et droiture d'un côté, jalousie et ruse de l'autre.
Depuis ce moment Jonathan fils de Saül devint l'ami de David; car Jonathan l'aimait comme lui-même, et l'âme de Jonathan s'attacha étroitement à celle de David. Or quand David revint après avoir vaincu le Philistin, les femmes sortirent de toutes les villes d'Israël au-devant du roi Saül en chantant et en dansant, témoignant leur réjouissance avec des tambours et des timbales. Et les femmes dans leurs danses et dans leurs chansons se répondaient l'une à l'autre, et disaient: Saül en a tué mille, et David en a tué dix mille. Cette parole irrita Saül et le mit dans une grande colère. Ils ont donné, dit-il, dix mille hommes à David, et à moi mille: que lui reste-t-il après cela que d'être roi? Depuis ce jour-là Saül ne regarda plus David de bon œil. Le lendemain il arriva que l'esprit malin se saisit de Saül, et il était agité au milieu de sa maison, comme un homme qui a perdu le sens. David jouait de la harpe devant lui, comme il avait accoutumé de faire; et Saül ayant la lance à la main, la poussa contre David, dans le dessein de le percer d'outre en outre contre la muraille: mais David se détourna, et évita le coup par deux fois. Saül commença donc à craindre David, voyant que l'Eternel était avec David, et qu'il s'était retiré de lui. C'est pourquoi il l'éloigna d'auprès de sa personne, et lui [pg 150] donna le commandement de mille hommes. Ainsi David menait le peuple à la guerre et le ramenait. David aussi se conduisait dans toutes ses actions avec une grande prudence, et l'Eternel était avec lui. Saül voyant donc qu'il était très-prudent, commença à s'en défier davantage. Mais tout Israël et tout Juda aimait David, parce que c'était lui qui allait en campagne avec eux, et qui marchait à leur tête. Alors Saül dit à David: Vous voyez Merob ma fille aînée; c'est elle que je vous donnerai en mariage: soyez seulement courageux, et combattez pour le service de l'Eternel. Et en même temps il disait en lui-même: Je ne veux point le tuer de ma main; mais je veux qu'il meure par la main des Philistins. David répondit à Saül: Qui suis-je moi? quelle est la vie que j'ai menée, et quelle est dans Israël la famille de mon père, pour que je devienne gendre du roi? Mais le temps étant venu que Merob fille de Saül devait être donnée à David, elle fut donnée en mariage à Hadriel Molathite. Michal seconde fille de Saül avait de l'affection pour David: ce qui ayant été rapporté à Saül, il en fut bien aise, et fit dire à David qu'il était prêt à lui donner celle-ci en mariage, pourvu qu'il frappât seulement cent Philistins. (Le dessein de Saül était de faire tomber David entre les mains des Philistins.) Les serviteurs de Saül ayant rapporté à David ce que Saül leur avait dit, il agréa la proposition qu'ils lui faisaient, pour devenir gendre du roi. Peu de jours après il marcha avec les gens qu'il commandait et vainquit deux cents Philistins. Saül lui donna donc en mariage sa fille Michal. Et il comprit clairement que l'Eternel était avec David. Quant à Michal sa fille, elle avait beaucoup d'affection pour David. Saül commença à le craindre de plus en plus; et son aversion pour lui croissait tous les jours. Les princes des Philistins se mirent de [pg 151] nouveau en campagne. Et dès qu'ils se présentèrent, David fit paraître plus de prudence que tous les officiers de Saül; de sorte que son nom devint très-célèbre.