Jean Henri, dit Danry, dit Danger, dit Jedor, dit Masers d'Aubrespy, dit de Masers de la Tude, mourut à Paris, le 11 nivôse an XIII (1er janvier 1805), d'une fluxion de poitrine, à l'âge de quatre-vingts ans.
VII
Nous venons de dire le peu de confiance que doivent inspirer les Mémoires que Latude fit rédiger au début de la Révolution, par l'avocat Thierry qu'il publia en 1790. A la bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, est conservé un manuscrit autographe de Latude[8], rédigé par lui dans sa prison, à Vincennes, puis à Charenton de 1775 à 1777. Ce manuscrit faisait partie des anciennes archives de la Bastille; il y fut pris, avec d'autres papiers, lors du pillage du 14 juillet. Il parvient entre les mains d'un amateur russe, d'où il passa dans la bibliothèque du tzar. Ce mémoire offre infiniment plus de garanties de sincérité et d'exactitude que le texte rédigé par Thierry. Latude le destinait aux ministre et magistrats appelés à décider de son sort: c'est une manière de plaidoyer, où les faits sont naturellement présentés par l'auteur de la manière qui lui est la plus favorable; mais où il entre dans les détails les plus circonstanciés, et où il lui était relativement difficile de s'écarter de la vérité, son œuvre étant destinée à des juges placés à même de la contrôler.
Du manuscrit de Saint-Pétersbourg la Bibliothèque de l'Arsenal a acquis une copie en 1886 (Bibl. de l'Arsenal, ms. 12727, f. 618-837); d'après laquelle a été établi le texte qui suit.
Le début de ces mémoires faisant défaut dans le manuscrit de Saint-Pétersbourg, nous l'avons remplacé par la partie correspondante des mémoires rédigés par Thierry: il s'agit des deux premiers chapitres.
Les mémoires rédigés par Thierry comprennent ce que l'on peut appeler les deux détentions de Latude; la première du 1er mai 1749 au 5 juin 1777, ayant été occasionnée par l'envoi de la boîte explosive à Mme de Pompadour, et la seconde, du 17 juillet 1776 au 24 mai 1784, par le chantage à main armée, dont le héros s'était rendu coupable vis-à-vis d'une dame de qualité. La relation de Saint-Pétersbourg publiée ici s'arrête à la fin de sa première détention (juin 1771). Nous ne croyons pas devoir réimprimer pour la suite, la relation Thierry. La fin de la vie de Latude est racontée ci-dessus, dans l'introduction, d'après des correspondances et des pièces d'archives, dont le témoignage est plus exact que celui de notre «martyr» trop intéressé, quand il mettait sa plume entre les mains de l'avocat Thierry, à tromper ses contemporains.
FRANTZ FUNCK-BRENTANO.
Montfermeil, novembre 1910.