A peine l'avocat eut-il lu les deux tiers de mon mémoire, qu'il s'arrêta tout court, posa le cahier sur la table, et il me dit; comme s'il s'était éveillé d'un profond sommeil: «N'est-ce pas que vous voudriez sortir de prison? Je repris: «Cela n'est point douteux.»

—Et comptez-vous rester dans Paris ou retourner chez vous?

—Quand je serai libre, lui dis-je, je me propose de retourner chez moi.

—Mais avez-vous de quoi?»

A ce mot, je le pris par la main, et je lui dis: «Monsieur l'avocat, je vous prie de ne pas vous fâcher des paroles que je vais vous dire, car mon dessein n'est pas de vous fâcher, assurément.

—Parlez, me dit-il, dites tout ce qu'il vous plaira, je ne me fâcherai point.

—Hé bien, c'est que je me suis aperçu très distinctement que le démon s'est déjà emparé de vos sens.»

Il me parut surpris, et en reprenant ses esprits, il me dit: «J'ai saisi tout cela en quatre paroles; mais je vous dirai que je ne comprends pas comment le démon se peut emparer des sens des personnes, et leur faire faire ce qu'il lui plaît.

—Monsieur, lui répondis-je, je me flatte de vous faire concevoir cela très clairement.

—Hé bien, me dit-il, c'est bon; mais présentement je n'ai pas le temps d'en dire davantage, car il est une heure et demie; je vais dîner, et sur les trois heures et demie je serai de retour dans votre chambre, et nous travaillerons trois ou quatre heures.»