Note 39:[ (retour) ] Quelques mois auparavant, Psichari écrivait, en effet: «Il faut que la France fasse la guerre, si elle veut reprendre complètement sa place dans le monde.»

Note 40:[ (retour) ] Près de Neufchâteau (Belgique).

De ce combat du 22 août 1914, l'un des rares survivants, prisonnier en Allemagne, a fait le beau récit que l'on va lire: «Engagés, ce jour-là, avec les 1er et 2e marsouins, dans un pays boisé et insuffisamment exploré par la cavalerie, lancés beaucoup trop en avant pour compter sur aucun secours, cernés dès les premières heures de la journée par un ennemi très supérieur en nombre, nous n'avons pu que vendre chèrement notre vie, et c'est ce que nous avons fait. Des marsouins, quelques-uns ont pu s'échapper, de l'artillerie personne. À sept heures du soir, après être restés douze heures sous un feu épouvantable, il ne restait plus qu'un charnier de notre belle artillerie divisionnaire: les canons étaient hors de service, après avoir consommé toutes les munitions, les chevaux étaient éventrés, la moitié du personnel était hors de combat. Les survivants, à la nuit, étaient faits prisonniers par les Allemands... Les hommes ont été d'une bravoure sans égale; pas un n'a bronché. Alors qu'ils étaient sûrs d'y passer tous, pas un n'a flanché: ils ont servi leurs pièces comme à la manoeuvre.»

Note 41:[ (retour) ] Nous possédons sur la mort d'Ernest Psichari plusieurs versions différentes, entre lesquelles il ne nous appartient pas de choisir. Le médecin-major B... la rapporte de manière assez différente:

«Le soir du 22 août, écrit-il, vers six heures, j'étais en train de panser des blessés au poste de secours établi dans la première maison du village de Rossignol. Cette maison, isolée des autres, était au centre même des batteries.

«Je m'entendis appeler par le capitaine Cherrier, commandant le 3e groupe. L'appel était si pressant, que je courus dans le couloir au-devant du capitaine; à ce moment un fantassin allemand que je vis agenouillé de l'autre côté de la route tira, blessant mortellement dans l'ambulance même le capitaine déjà blessé à la jambe. Or, mon infirmier (le canonnier Millot, de la 1re batterie) m'affirme qu'une ou deux minutes avant il venait de voir, sur la route, devant l'ambulance, votre fils soutenant le capitaine: ils étaient entourés, à quelques mètres, par les Allemands qui, à ce moment, sur ce point, arrivaient presque jusqu'à nos pièces. Les munitions épuisées, les servants tués à leur poste, beaucoup de pièces s'étaient tues, c'était l'agonie dernière de notre beau régiment.

«Psichari est tombé à la place même où mon infirmier venait de le voir.

«À cet instant précis le poste de secours prenait feu; je dus mettre mes blessés à l'abri dans la cave: mais si je n'ai pu assister Psichari à ses derniers moments, je puis cependant vous donner la certitude qu'il n'a pas souffert et est mort dans la sérénité absolue de sa foi chrétienne.»

Dans une autre lettre, M. le médecin-major B... revient sur la sérénité du jeune héros à cette minute suprême:

«Mort le soir d'une défaite, Ernest Psichari n'a pas une minute désespéré de la victoire finale, la seule qui compte. Je n'ai pu recueillir de ses propres lèvres l'aveu de cet espoir certain: mais cette foi dans le succès final avec laquelle nous étions tous partis, je l'ai retrouvée le lendemain, intacte, chez tous nos blessés et, certes, ce n'est pas Psichari, chez qui la confiance avait des assises beaucoup plus fermes que chez beaucoup d'autres, qui eût douté, alors que personne ne doutait. Rien n'est donc venu assombrir sa fin de soldat. Ceux qui l'ont vu plus tard ont été frappés du calme de ses traits; autour de ses mains était enroulé un chapelet» [f]