Un Atlas et un Hercule de carrefour se disputaient au coin d'une rue. Le dictionnaire d'injures épuisé, les adversaires, excités par la galerie, allaient en venir aux mains. L'un d'eux, montrant à l'autre son poing formidable, lui dit:

—Vois-tu ça? ça tue les bœufs.

—Vois-tu celui-là? dit l'autre, faisant le même mouvement offensif, ça tue les bouchers.

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M. L... arrive de Londres. Une dame qui ne connaît pas l'Angleterre, lui demandait des renseignements sur ce pays.

—Comme ville, voici ce qu'est Londres: une gigantesque cheminée; quand on se promène dans les rues et qu'on se frotte le long des murs, on les ramone. Comme mœurs, la première personne que j'ai rencontrée à Londres était un pauvre honteux qui n'osait pas demander l'aumône, parce qu'il n'avait pas de gants.

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M. R..., riche propriétaire aux colonies, venu à Paris pour y passer quelque temps, dînait aux Provençaux en compagnie d'artistes de tous les arts. Parmi les conviés se trouvait mademoiselle E..., de l'Opéra, dont les naïvetés font les délices du foyer de la danse. Entre autres choses, on parlait de l'esclavage des nègres, et M. R... était appelé à donner son avis sur cette importante question.

—Les philanthropes trouvent excellentes des choses que nous, colons, ne pouvons trouver telles, disait-il. Si moi, par exemple, j'affranchissais mes nègres, je pourrais me considérer comme ruiné, et je n'ai pourtant que deux cent esclaves.

—Comment, ruiné! interrompit mademoiselle E... avec conviction; mais pour quarante francs vous auriez deux cents timbres.