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Si les familiers de l'atelier Dantan se montrent un peu négligents à tresser des couronnes pour l'ambitieuse Victoire, ils n'oublient pas ses bons services et son affabilité ordinaire lorsque vient le Jour de l'An.—Au premier janvier dernier, M. Édouard Thierry, qui est un des intimes de la maison, prenait Victoire à part pour lui faire son compliment.—Mais Victoire n'est pas une femme de son temps: elle dédaigne l'argent et préfère la gloire.

—Ah! Monsieur, dit-elle au critique, j'aurais mieux aimé un article dans le Moniteur.

—Mais, ma chère Victoire, vous savez bien que je ne m'occupe que des livres dans mon feuilleton. Vous n'en faites pas.

—Comment! répliqua Victoire, et mon livre de dépenses?

À cette collection de l'amour-propre de l'office ou de l'antichambre, il faut ajouter la grande figure d'Adolphe,—le domestique de Lafontaine.—Depuis le jour où on a raconté une anecdote dans laquelle son nom se trouvait mêlé à celui de son maître,—Adolphe a grandi de vingt coudées dans sa propre estime;—ce ne sont plus des talons qu'il a à ses chaussures, ce sont des piédestaux,—et il retire son chapeau quand il passe sous l'arc de l'Étoile... Quelques jours après la publication de cette anecdote, Adolphe, initié subitement aux lois du bien-vivre, prenait un coupé et venait, vêtu comme un parfait notaire, déposer sa carte dans les bureaux du journal qui l'avait publiée.

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Un des amis de Lafontaine fit un jour à Adolphe la politesse de lui apporter le roman de Benjamin Constant:

—Lisez cela, lui dit-il, je crois qu'il est question de vous.

Quelques jours après, l'ami, étant revenu, lui demande ce qu'il pense de l'ouvrage qu'il lui a donné,—et si c'est réellement lui que l'auteur a voulu mettre en scène.