L'autre soir, un monsieur, en compagnie d'une dame, entrait dans l'un des cabinets de la Maison d'Or. Ils y étaient à peine installés que nous entendîmes un des garçon crier à son confrère:

—On demande une écrevisse bordelaise et un notaire au numéro 8.

—Le notaire est en main au 6, et retenu par le 2, répondit le garçon.

C'est particulièrement dans les coulisses que l'hymen sévit avec le plus de violence.—Sur une de nos grandes scènes, on parle de trois mariages qui se préparent, et les préparatifs ne laissent pas que d'entraver le travail des répétitions, à chaque instant interrompues par les fournisseurs des futurs, qui viennent jusqu'au théâtre pour essayer les trousseaux et étaler les merveilles des corbeilles de noces.

Un auteur dramatique, qui a un ouvrage en cinq actes à l'étude dans ce théâtre, n'a pu arriver encore à faire mettre entièrement en scène le troisième acte de sa comédie. L'actrice, qui doit y jouer le rôle principal, étant toujours dérangée par le fleuriste, qui vient pour lui essayer une couronne de fleurs d'oranger qui ne veut pas se décider à lui aller.

Dans un autre théâtre, une jeune ingénue, qui épouse un homme du monde (également ingénu), discutait avec son futur le choix du notaire qui dresserait le contrat.—L'actrice désirait que ce fût celui qui est ordinairement chargé de ses intérêts.—Le futur souhaitait que ce fût un de ses amis nouvellement pourvu d'une charge et auquel il avait promis sa clientèle. Au milieu de la discussion qui commençait à s'échauffer survint un ami commun des deux conjoints:

—Bonjour, mes enfants, leur dit-il, vous vous disputez avant le mariage, c'est manger le dessert avant le potage;—faites-vous des concessions mutuelles;—toi, Monsieur, tu choisiras le notaire qui dressera le contrat;—vous, Madame, réservez-vous le droit de choisir d'avance l'avoué qui fera la séparation de corps.

Ainsi fut dit,—ainsi sera fait,—prétendent les méchantes langues, devant même que les dragées du premier baptême aient été croquées.

En apprenant tous ces mariages, une comédienne, qui persiste dans les anciens us dramatiques, a fait afficher dans son salon et dans sa loge une pancarte sur laquelle on lit:

ici,—on ne se marie pas.