Un jour, ***, ayant à sa table cinq personnes convoquées pour manger du gibier qu'un ami lui avait expédié, s'aperçoit que les trois grives qui ont été annoncées comme plat de résistance, paraissent inquiéter ses convives,—qui n'avaient pas eu le soin de mettre leur appétit au vestiaire.—L'un d'eux se hasarde même à faire observer que l'on pourrait bien manquer de quelque chose.—*** jette un coup d'œil sur la table et disparaît pour revenir bientôt, tenant à la main un flacon de poivre de Cayenne, dont il saupoudre abondamment l'unique plat du repas.

—Tu avais raison, dit-il à son ami,—ça manquait de poivre rouge.

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Un monsieur, passant dans la rue, est abordé par un homme qui lui demande l'aumône. Il a de la famille et n'a pas mangé depuis la veille.—Le monsieur le mène chez un boulanger, achète un pain de huit livres et veut le lui mettre sous le bras.

—Allons donc, fit le mendiant en repoussant l'offrande, on me prendrait pour un maçon!

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Un rapin, qui redoublait sa Bohême,—devait, depuis sept ou huit ans, 150 fr. à un tailleur.—Dernièrement, le débiteur se présente chez son créancier et le trouve plus que jamais disposé à conserver le statu quo dans leur situation financière.

—Monsieur, dit le tailleur en tirant de sa poche un état de statistique qu'il mit sous les yeux de son client,—j'ai fait un calcul, depuis que j'ai l'honneur d'être en relation avec vous, rien qu'en montant vos escaliers, j'ai gravi la valeur de la plus haute montagne des Cordillières, superposée sur la Jung-Frau, avec le mont Blanc pour base.—Horizontalement, rien que pour venir de chez moi chez vous, j'ai fait l'équivalent de deux voyages du passage des Panoramas à la troisième cataracte.

—Monsieur, interrompit le rapin,—rien que ce beau travail de statistique vaut l'argent que je vous dois, et je n'ai jamais senti plus vivement qu'aujourd'hui le regret de ne pouvoir...

—Ce n'est pas tout, reprit le tailleur.... J'ai fait un autre calcul. Si vous m'aviez donné seulement un sou chaque fois que je suis venu, à l'heure qu'il est....