—Madame est seule?
—Oh! non..., j'ai une de mes amies avec moi; nous sommes venues ici malgré nous, bien malgré nous... Nous étions allées au spectacle, lorsqu'en rentrant chez nous, nous n'avons plus trouvé notre clef. C'était la femme de chambre de l'amie chez qui je demeure qui l'avait emportée avec elle au bal de l'Opéra, où mon amie lui avait permis d'aller...
—C'est bien contrariant; néanmoins, permettez-moi de bénir le hasard... qui m'a permis de vous y rencontrer... (Ici tous les madrigaux d'usage.)
—Mon Dieu, monsieur... ce serait avec le plus grand plaisir... mais... je ne suis pas seule. Et tenez, voici précisément mon amie qui vient me chercher.
Arrive, en effet, un second domino, auquel celui qui n'avait jamais été au bal pousse le coude d'une certaine façon.
—Eh bien, ma chère, as-tu rencontré Justine?
—Mon Dieu non... Dans quel embarras cette fille nous met... Il faut absolument retourner à la maison; nous ferons comme nous pourrons pour nous faire ouvrir.
--- Mais comment faire pour retourner à la maison? il pleut à verse, et nous avons eu l'imprudence de laisser notre bourse chez la personne où nous avons été nous costumer... (S'adressant au monsieur.) Vous serez sans doute assez obligeant, monsieur, pour nous prêter l'argent d'une voiture et nous donner votre carte; nous vous ferons remettre cette petite somme demain matin par la fidèle Justine.
—Mon Dieu, mesdames, que je suis donc désolé.—Mon fidèle Joseph, à qui j'ai l'habitude de confier toutes mes clés, n'est pas rentré ce soir, de façon que je n'ai pu ouvrir mon secrétaire... Si vous voulez, cependant, nous allons faire un tour dans la salle... nous rencontrerons peut-être la fidèle Justine avec le fidèle Joseph.
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