Il y a environ quinze jours, la danseuse, sachant M*** très-gourmet, lui avait parlé d'une excellente occasion qui se présentait pour acquérir à bas prix six cents bouteilles de vin d'un excellent cru de Bordeaux, retour des Indes, provenant de la cave d'un prince russe, rappelé subitement par un froncement de sourcil du czar.

—M*** demanda des échantillons, fut très-satisfait... donna l'argent, une grosse somme, ma foi, et dit à la sylphide de faire descendre le vin à la cave, avec ordre d'en mettre sur la table chaque fois qu'il dînerait.—Au bout de quelques jours, il s'aperçut que le bordeaux qu'on lui servait—avait un goût détestable,—un vrai bordeaux de dîner à prix fixe.

—Qu'on m'enlève cette piquette, dit M***.—Ma chère enfant, ajouta-t-il—en s'adressant à la danseuse volontairement ou non le prince nous a trompés;—il faut jeter ce vin à la rue.

—Non, dit-elle, je le donnerai à l'office.

Vendredi soir, M*** fut invité à un réveillon donné par un jeune artiste de sa connaissance.—Comme on se mettait à table, un convive en retard apporta à l'amphitryon quatre bouteilles d'un certain vin qu'il recommandait aux connaisseurs.

Au premier verre qui lui fut servi, M*** reconnut son fameux retour des Indes acheté au prince russe.

—Où achetez-vous ce bordeaux? demanda-t-il avec inquiétude à la personne qui avait apporté le vin.

—Je ne l'achète pas... on me le donne.... J'en ai cinq cent cinquante bouteilles dans la cave d'une très-bonne maison.

M*** n'en entendit pas davantage;—il prit sa canne et son chapeau, et oublia totalement le proverbe: «Quand le vin est versé, il faut le boire.»

Les deux jolies jambes courent après lui.—Le rattraperont-elles?...