—À ce soir, dirent-ils en quittant Barbemuche; ces dames se proposent d'être éblouissantes.

—Mais, dit Barbemuche en jetant un coup d'œil sur les porte-manteaux complétement dégarnis, vous ne me laissez rien, à moi. Comment vous recevrai-je?

—Ah! Vous, c'est différent, dit Rodolphe, vous êtes le maître de la maison; vous pouvez laisser l'étiquette de côté.

—Cependant, dit Carolus, il ne reste plus qu'une robe de chambre, un pantalon à pied, un gilet de flanelle et des pantoufles; vous avez tout pris.

—Qu'importe? Nous vous excusons d'avance, répondirent les bohémiens.

À six heures, un fort beau dîner était servi dans la salle à manger. Les bohémiens arrivèrent. Marcel boitait un peu et était de mauvaise humeur. Le jeune vicomte Paul se précipita au-devant des dames et les conduisit aux meilleures places. Mimi avait une toilette de haute fantaisie. Musette était mise avec un goût plein de provocation. Phémie ressemblait à une fenêtre garnie de verres de couleur, elle n'osait pas se mettre à table. Le dîner dura deux heures et demie et fut d'une gaieté ravissante.

Le jeune vicomte Paul marchait avec fureur sur le pied de Mimi qui était sa voisine, et Phémie redemandait quelque chose à chaque service. Schaunard était dans les pampres. Rodolphe improvisait des sonnets et cassait des verres en marquant le rhythme. Colline causait avec Marcel, qui était toujours maussade.

—Qu'as-tu? Lui disait-il.

—Je souffre horriblement des pieds et ça me gêne. Ce Carolus a un pied de petite-maîtresse.

—Mais, dit Colline, il suffira de lui faire comprendre que ça ne peut pas durer comme ça, et qu'à l'avenir il ait à faire faire sa chaussure quelques points plus large; sois tranquille, j'arrangerai cela. Mais passons au salon, où les liqueurs des îles nous appellent.