—Ah! Oui, dit Schaunard, ces bouteilles, c'est si petit.

—Eh bien, reprit Marcel, Rodolphe a décidé qu'on passerait la nuit ici; mais il faut aller chercher quelque chose avant que les boutiques soient fermées...

—Mon épicier demeure au coin de la rue, dit Rodolphe. Schaunard, tu devrais y aller. Tu prendras deux bouteilles de rhum de ma part.

—Oh! Oui, oh! Oui, oh! Oui, dit Schaunard en se trompant de paletot et prenant celui de Colline, qui faisait des losanges sur la nappe avec son couteau.

—Et d'un! dit Marcel quand Schaunard fut parti. Passons maintenant à Colline, celui-là sera dur. Ah! Une idée. Eh! Eh! Colline, fit-il en heurtant violemment le philosophe.

—Quoi?... quoi?... quoi?...

—Schaunard vient de partir et a pris par erreur ton paletot noisette.

Colline regarda autour de lui et aperçut en effet, à la place ou était son vêtement, le petit habit à carreaux de Schaunard. Une idée soudaine lui traversa l'esprit et l'emplit d'inquiétude. Colline, selon son habitude, avait bouquiné dans la journée, et il avait acheté, pour quinze sous, une grammaire finlandaise et un petit roman de M. Nisard, intitulé: le Convoi de la Laitière. À ces deux acquisitions étaient joints sept ou huit volumes de haute philosophie, qu'il avait toujours sur lui, afin d'avoir un arsenal où puiser des arguments en cas de discussion philosophique. L'idée de savoir cette bibliothèque entre les mains de Schaunard lui donna une sueur froide.

—Le malheureux! s'écria Colline, pourquoi a-t-il pris mon paletot?

—C'est par erreur.