—Avec Rodolphe?

—Oui, il doit venir m'attendre ce soir à vingt pas de la maison.

—Bien du plaisir, dit Mimi; et voyant l'heure du rendez-vous avancer, elle courut en toute hâte chez l'amant de Mademoiselle Amélie et le prévint que celle-ci était en train de lui machiner une petite trahison avec son ancien amant à elle.

Le monsieur, jaloux comme un tigre et brutal comme un bâton, arriva chez Mademoiselle Amélie, et lui annonça qu'il trouvait excellent qu'elle passât la soirée avec lui.

À huit heures, Mimi courut à l'endroit où Rodolphe devait trouver Amélie. Elle aperçut son amant qui se promenait dans l'attitude d'un homme qui attend; elle passa deux fois à côté de lui, sans oser l'aborder. Rodolphe était mis très-élégamment ce soir-là, et les crises violentes auxquelles il était en proie depuis huit jours avaient donné à son visage un grand caractère. Mimi fut singulièrement émue. Enfin, elle se décida à lui parler. Rodolphe l'accueillit sans colère, et lui demanda des nouvelles de sa santé, après quoi il s'informa du motif qui l'amenait près de lui; tout cela d'une voix douce, et où un accent de tendresse cherchait à se contraindre.

—C'est une mauvaise nouvelle que je viens vous annoncer: Mademoiselle Amélie ne peut venir au bal avec vous, son amant la retient.

—J'irai donc au bal tout seul.

Ici, Mademoiselle Mimi feignit de trébucher et s'appuya sur l'épaule de Rodolphe. Il lui prit le bras et lui proposa de la reconduire chez elle.

—Non, dit Mimi, j'habite avec Amélie; et, comme elle est avec son amant, je ne pourrai rentrer que lorsqu'il sera parti.

—Écoutez, lui dit alors le poëte, je vous ai fait faire tantôt une proposition par Mademoiselle Amélie; vous l'a-t-elle transmise?