Musette organisa une petite attitude effrayée, et se cramponnant au bras de Marcel elle lui dit:
—Ah! mon Dieu, vois donc, voilà de la troupe qui arrive, il va encore y avoir une révolution. Sauvons-nous, j'ai une peur affreuse; viens me reconduire!
—Mais où allons-nous? demanda Marcel.
—Chez moi, dit Musette; tu verras comme c'est joli. Je t'offre à souper, nous parlerons politique.
—Non, dit Marcel qui pensait à M. Alexis; je n'irai pas chez toi malgré l'offre du souper. Je n'aime pas boire mon vin dans le verre des autres.
Musette resta muette devant ce refus. Puis, à travers le brouillard de ses souvenirs, elle aperçut le pauvre intérieur du pauvre artiste; car Marcel n'était pas devenu millionnaire; alors Musette eut une idée; et, profitant de la rencontre d'une autre patrouille, elle manifesta une nouvelle terreur.
—On va se battre, s'écria-t-elle; je n'oserai jamais rentrer chez moi. Marcel, mon ami, mène-moi chez une de mes amies qui doit demeurer dans ton quartier.
En traversant le pont neuf, Musette poussa un éclat de rire.
—Qu'y a-t-il? demanda Marcel.
—Rien! dit Musette; je me rappelle que mon amie est déménagée; elle demeure aux Batignolles.