—Je ne suis pas grande, c'est vrai, dit Mimi sérieusement; mais il ne faudrait cependant pas avoir l'air de pleurer après l'étoffe: on porte les robes très-amples, et je voudrais de beaux plis pour que ça fasse frou-frou.

—C'est bien, répondit gravement Rodolphe, je mettrai dix lettres de plus à la ligne, et nous obtiendrons le frou-frou.

Et Mimi se rendormait heureuse.

Comme elle avait commis l'imprudence de parler à ses amies, Mesdemoiselles Musette et Phémie, de la belle robe que Rodolphe était en train de lui faire, les deux jeunes personnes n'avaient pas manqué d'entretenir messieurs Marcel et Schaunard de la générosité de leur ami envers sa maîtresse; et ces confidences avaient été suivies de provocations non équivoques à imiter l'exemple donné par le poëte.

—C'est-à-dire, ajoutait Mademoiselle Musette en tirant Marcel par les moustaches, c'est-à-dire que si cela continue encore huit jours comme ça, je serai forcée de t'emprunter un pantalon pour sortir.

—Il m'est dû onze francs dans une bonne maison, répondit Marcel; si je récupère cette valeur, je la consacrerai à t'acheter une feuille de vigne à la mode.

—Et moi? demandait Phémie à Schaunard. Mon peigne noir (elle ne pouvait pas dire peignoir) tombe en ruine.

Schaunard tirait alors trois sous de sa poche, et les donnait à sa maîtresse en lui disant:

—Voici de quoi acheter une aiguille et du fil. Raccommode ton peignoir bleu, cela t'instruira en t'amusant, utile dulci.

Néanmoins, dans un conciliabule tenu très-secret, Marcel et Schaunard convinrent avec Rodolphe que chacun de son côté s'efforcerait de satisfaire la juste coquetterie de leurs maîtresses.