Jacques colla ses lèvres à celle de son amie. Au dernier moment, on voulait lui retirer le manchon, mais elle y cramponna ses mains.
—Non, non, dit-elle; laissez-le-moi: nous sommes dans l'hiver; il fait froid. Ah! Mon pauvre Jacques... ah! Mon pauvre Jacques... qu'est-ce que tu vas devenir? Ah! mon Dieu!
Et le lendemain Jacques était seul.
Premier Lecteur.—Je le disais bien que ce n'était point gai cette histoire.
Que voulez-vous, lecteur? On ne peut pas toujours rire.
II
C'était le matin du jour de la toussaint, Francine venait de mourir.
Deux hommes veillaient au chevet: l'un, qui se tenait debout, était le médecin; l'autre, agenouillé près du lit, collait ses lèvres aux mains de la morte, et semblait vouloir les y sceller dans un baiser désespéré, c'était Jacques, l'amant de Francine. Depuis plus de six heures, il était plongé dans une douloureuse insensibilité. Un orgue de Barbarie qui passa sous les fenêtres vint l'en tirer.
Cet orgue jouait un air que Francine avait l'habitude de chanter le matin en s'éveillant.
Une de ces espérances insensées qui ne peuvent naître que dans les grands désespoirs traversa l'esprit de Jacques. Il recula d'un mois dans le passé, à l'époque où Francine n'était encore que mourante; il oublia l'heure présente, et s'imagina un moment que la trépassée n'était qu'endormie, et qu'elle allait s'éveiller tout à l'heure la bouche ouverte à son refrain matinal.