—Ce pauvre Maurice! disait Musette de son côté, il trouve ça un peu violent. Ah! Bah! Il faut former la jeunesse. Puis, son esprit passant subitement à d'autres exercices, elle pensa à Marcel, chez qui elle allait; et, tout en passant en revue les souvenirs que réveillait le nom de son ancien adorateur, elle se demandait par quel miracle on avait mis la nappe chez lui. Elle relut, en marchant, la lettre que l'artiste lui avait écrite, et ne put s'empêcher d'être un peu attristée. Mais cela ne dura qu'un instant. Musette pensa avec raison que c'était moins que jamais l'occasion de se désoler, et comme en ce moment un grand vent venait de s'élever, elle s'écria:
—C'est bien drôle, je ne voudrais pas aller chez Marcel, que le vent m'y pousserait.
Et elle continua sa route en pressant le pas, joyeuse comme un oiseau qui revole à son premier nid.
Tout à coup la neige tomba avec abondance. Musette chercha des yeux si elle ne trouverait pas une voiture. Elle n'en rencontra point. Comme elle se trouvait précisément dans la rue où demeurait son amie Madame Sidonie, celle-là qui lui avait fait parvenir la lettre de Marcel, Musette eut l'idée d'entrer un instant chez cette femme pour attendre que le temps lui permît de continuer sa route.
Quand Musette entra chez Madame Sidonie, elle y trouva une nombreuse compagnie. On y continuait un lansquenet commencé depuis trois jours.
—Ne vous dérangez pas, dit Musette, je ne fais qu'entrer et sortir.
—Tu as reçu la lettre de Marcel? lui dit bas à l'oreille Madame Sidonie.
—Oui, répondit Musette, merci; je vais chez lui; il m'invite à dîner. Veux-tu venir avec moi? Tu t'amuseras bien.
—Eh! Non, je ne peux pas, fit Sidonie en montrant la table de jeu, et mon terme?
—Il y a six louis, dit tout haut le banquier qui tenait les cartes.