—Ah! répondit Mimi en passant ses mains dans sa chevelure, c'est bien heureux qu'il n'ait pas imaginé de m'en faire autant, nous serions restés ensemble toute la vie. Est-ce que vous croyez que c'est bien vrai qu'il ne m'aime plus du tout, vous?
—Peuh!... Et vous, l'aimez-vous encore?
—Moi, je ne l'ai jamais aimé de ma vie.
—Si, Mimi, si, vous l'avez aimé, à ces heures où le cœur des femmes change de place. Vous l'avez aimé, et ne vous en défendez pas, car c'est votre justification.
—Ah! bah! dit Mimi, voilà qu'il en aime une autre, maintenant.
—C'est vrai, fit Marcel, mais n'empêche. Plus tard, votre souvenir sera pour lui pareil à ces fleurs qu'on place encore toutes fraîches et toutes parfumées entre les feuillets d'un livre et que, bien longtemps après, on retrouve mortes, décolorées et flétries, mais ayant conservé toujours comme un vague parfum de leur fraîcheur première.
Un soir qu'elle fredonnait à voix basse autour de lui, M. le vicomte Paul dit à Mimi:
—Que chantez-vous là, ma chère?
—L'oraison funèbre de nos amours que mon amant Rodolphe a composée dernièrement. Et elle se mit à chanter:
Je n'ai plus le sou, ma chère, et le Code,
Dans un cas pareil, ordonne l'oubli;
Et sans pleurs, ainsi qu'une ancienne mode,
Tu vas m'oublier, n'est-ce pas, Mimi?