—Oui, répondit Rodolphe avec joie. Je crois que la petite bête n'est pas tout à fait morte. Depuis quatre heures que je suis là, j'ai retrouvé la verve des anciens jours. J'ai rencontré Mimi.

—Bah! fit Marcel avec inquiétude. Et où en êtes-vous?

—A pas peur, dit Rodolphe, nous n'avons fait que nous saluer. Ça n'a pas été plus loin que ça.

—Bien vrai? dit Marcel.

—Bien vrai. C'est fini entre nous, je le sens; mais si je me remets à travailler, je lui pardonne.

—Si c'est tant fini que ça, ajouta Marcel qui venait de lire les vers de Rodolphe, pourquoi lui fais-tu des vers?

—Hélas! reprit le poëte, je prends ma poésie où je la trouve.

Pendant huit jours il travailla à ce petit poëme. Quand il eut fini, il vint le lire à Marcel, qui s'en déclara satisfait, et qui encouragea Rodolphe à utiliser autrement la veine qui lui était revenue.

—Car, lui observa-t-il, ce n'était pas la peine de quitter Mimi, si tu dois toujours vivre avec son ombre. Après ça, dit-il en souriant, au lieu de prêcher les autres, je ferais mieux de me prêcher moi-même, car j'ai encore de la Musette plein le cœur. Enfin! Nous ne serons peut-être pas toujours des jeunes gens affolés de créatures du diable.

—Hélas! Répliqua Rodolphe, il n'est pas besoin de dire à la jeunesse: va-t'en.