—Ah! pour cela, non, fit le vicomte piqué.

—C'est bien, répondit Mimi froidement. Je l'achèterai moi-même, avec de l'argent que je gagnerai moi-même. Au fait, j'aime mieux que ce ne soit pas avec le vôtre.

Et pendant deux jours Mimi retourna dans son ancien atelier de fleuriste, où elle gagna de quoi acheter la livraison. Elle apprit par cœur la poésie de Rodolphe; et, pour faire enrager le vicomte Paul, elle la répétait toute la journée à ses amis. Voici quels étaient ces vers:

Alors que je voulais choisir une maîtresse
Et qu'un jour le hasard fit rencontrer nos pas,
J'ai mis entre tes mains mon cœur et ma jeunesse
Et je t'ai dit: fais-en tout ce que tu voudras.

Hélas! Ta volonté fut cruelle, ma chère:
Dans tes mains ma jeunesse est restée en lambeaux,
Mon cœur s'est en éclats brisé comme du verre,
Et ma chambre est le cimetièr
Où sont enterrés les morceaux
De ce qui t'aima tant naguère.

Entre nous maintenant, n—i, ni—, c'est fini,
Je ne suis plus qu'un spectre et tu n'es qu'un fantôme,
Et sur notre amour mort et bien enseveli,
Bous allons, si tu veux, chanter le dernier psaume.

Pourtant ne prenons point un air écrit trop haut,
Nous pourrions tous les deux n'avoir pas la voix sûre;
choisissons un mineur grave et sans fioriture;
moi je ferai la basse et toi le soprano.

Mi, ré, mi, do, ré, la.—Pas cet air, ma petite!
S'il entendait cet air que tu chantais jadis,
Mon cœur, tout mort qu'il est, tressaillirait bien vite,
Et ressusciterait à ce De Profundis.

Do, mi, fa, sol, mi, do.—Celui-ci me rappelle
Une valse à deux temps qui me fit bien du mal
Le fifre au rire aigu raillait le violoncelle
Qui pleurait sous l'archet ses notes de cristal.

Sol, do, do, si, si, la.—Point cet air, je t'en prie,
Nous l'avons, l'an dernier, ensemble répété
Avec des allemands qui chantaient leur patrie
Dans les bois de Meudon, par une nuit d'été.