Schaunard, qui avait complétement oublié qu'il était sans domicile, leur offrit l'hospitalité.
—Venez chez moi, dit-il, je loge ici près; nous passerons la nuit à causer littérature et beaux-arts.
—Tu feras de la musique, et Rodolphe nous dira de ses vers, dit Colline.
—Ma foi, oui, ajouta Schaunard, il faut rire, nous n'avons qu'un temps à vivre.
Arrivé devant sa maison que Schaunard eut quelque difficulté à reconnaître, il s'assit un instant sur une borne en attendant Rodolphe et Colline qui étaient entrés chez un marchand de vin encore ouvert, pour y prendre les premiers éléments d'un souper. Quand ils furent de retour, Schaunard frappa plusieurs fois à la porte, car il se souvenait vaguement que le portier avait l'habitude de le faire attendre. La porte s'ouvrit enfin, et le père Durand, plongé dans les douceurs du premier sommeil, et ne se rappelant pas que Schaunard n'était plus son locataire, ne se dérangea aucunement quand celui-ci lui eut crié son nom par le vasistas.
Quand ils furent arrivés tous trois en haut de l'escalier, dont l'ascension avait été aussi longue que difficile, Schaunard, qui marchait en avant, jeta un cri d'étonnement en trouvant la clef sur la porte de sa chambre.
—Qu'est-ce qu'il y a? demanda Rodolphe.
—Je n'y comprends rien, murmura-t-il, je trouve sur ma porte la clef que j'avais emportée ce matin. Ah! Nous allons bien voir. Je l'avais mise dans ma poche. Eh! parbleu! la voilà encore! s'écria-t-il en montrant une clef.
—C'est de la magie!
—De la fantasmagorie, dit Colline.