—Avant peu, je serai plus loin que ça.
—Hein, que voulez-vous dire?
—N'en parlez pas à Rodolphe, cela lui ferait trop de chagrin, je vais m'en aller pour toujours.
—Mais où?
—Tenez, mon pauvre Marcel, dit Mimi en sanglotant, regardez. Et relevant un peu le drap de son lit, elle montra à l'artiste ses épaules, son cou et ses bras.
—Ah! mon Dieu! s'écria douloureusement Marcel, pauvre fille!
—N'est-ce pas, mon ami, que je ne me trompe pas et que je vais mourir bientôt?
—Mais, comment êtes-vous devenue ainsi en si peu de temps?
—Ah! répliqua Mimi, avec la vie que je mène depuis deux mois, ce n'est pas étonnant: toutes les nuits passées à pleurer, les jours à poser dans les ateliers sans feu, la mauvaise nourriture, le chagrin que j'avais; et puis, vous ne savez pas tout: j'ai voulu m'empoisonner avec de l'eau de javelle; on m'a sauvée, mais pas pour longtemps, vous voyez. Avec ça que je n'ai jamais été bien portante; enfin, c'est ma faute: si j'étais restée tranquille avec Rodolphe, je n'en serais pas là. Pauvre ami, voilà encore que je lui retombe sur les bras, mais ça ne sera pas pour longtemps, la dernière robe qu'il me donnera sera toute blanche, mon pauvre Marcel, et on m'enterrera avec. Ah! si vous saviez comme je souffre de savoir que je vais mourir! Rodolphe sait que je suis malade; il est resté plus d'une heure sans parler, hier, quand il a vu mes bras et mes épaules si maigres; il ne reconnaissait plus sa Mimi, hélas!... Mon miroir même ne me reconnaît plus. Ah! c'est égal, j'ai été jolie, et il m'a bien aimée. Ah! mon Dieu! s'écria-t-elle en cachant sa figure dans les mains de Marcel, mon pauvre ami, je vais vous quitter et Rodolphe aussi. Ah! mon Dieu! et les sanglots étranglèrent sa voix.
—Allons, Mimi, dit Marcel, ne vous désolez pas, vous vous guérirez; il faut seulement beaucoup de soins et de tranquillité.