—C'est une idée! Il ne te manque plus que l'habit noir de rigueur.
—Oh! dit Marcel en se mordant les poings, pour en avoir un, je donnerais dix ans de ma vie et ma main droite, vois-tu!
Ils entendirent de nouveau frapper à la porte. Marcel ouvrit.
—Monsieur Schaunard? dit un étranger en restant sur le seuil.
—C'est moi, répondit le peintre en le priant d'entrer.
—Monsieur, dit l'inconnu, porteur d'une de ces honnêtes figures qui sont le type du provincial, mon cousin m'a beaucoup parlé de votre talent pour le portrait; et, étant sur le point de faire un voyage aux colonies, où je suis délégué par les raffineurs de la ville de Nantes, je désirerais laisser un souvenir de moi à ma famille. C'est pourquoi je suis venu vous trouver.
—Ô sainte Providence!... murmura Schaunard. Marcel, donne un siége à monsieur...
—M. Blancheron, reprit l'étranger; Blancheron de Nantes, délégué de l'industrie sucrière, ancien maire de V, capitaine de la garde nationale, et auteur d'une brochure sur la question des sucres.
—Je suis fort honoré d'avoir été choisi par vous, dit l'artiste en s'inclinant devant le délégué des raffineurs. Comment désirez-vous avoir votre portrait?
—À la miniature, comme ça, reprit M. Blancheron en indiquant un portrait à l'huile; car, pour le délégué comme pour beaucoup d'autres, ce qui n'est pas peinture en bâtiments est miniature, il n'y a pas de milieu.