Mademoiselle Sidonie s'avança sur sa terrasse en roulant entre ses doigts, avec une habileté castillane, un petit papier gonflé d'un tabac blond qu'elle tirait d'un sac en velours brodé.
—Oh! La belle tabatière, murmura Rodolphe avec une admiration contemplative.
—Quel est cet Ali-Baba? pensait de son côté Mademoiselle Sidonie.
Et elle rumina tout bas un prétexte pour engager la conversation avec Rodolphe, qui, de son côté, cherchait à en faire autant.
—Ah! Mon Dieu! s'écria Mademoiselle Sidonie, comme si elle se parlait à elle-même; Dieu! Que c'est ennuyeux! Je n'ai pas d'allumettes.
—Mademoiselle, voulez-vous me permettre de vous en offrir? dit Rodolphe en laissant tomber sur le balcon deux ou trois allumettes chimiques roulées dans du papier.
—Mille remerciements, répondit Sidonie en allumant sa cigarette.
—Mon Dieu, mademoiselle... continua Rodolphe, en échange du léger service que mon bon ange m'a permis de vous rendre, oserais-je vous demander?...
—Comment! Il demande déjà! Pensa Sidonie en regardant Rodolphe avec plus d'attention. Ah! dit-elle, ces turcs! On les dit volages, mais bien agréables. Parlez, monsieur, fit-elle ensuite en relevant la tête vers Rodolphe: que désirez-vous?
—Mon Dieu, mademoiselle, je vous demanderai la charité d'un peu de tabac; il y a deux jours que je n'ai fumé. Une pipe seulement...