—Je suis fou, s'écria-t-il; ma conduite avec cette pauvre fille est plus que stupide, elle est odieuse.... Je vais la perdre, et avec elle tout le bonheur, toute la jeunesse qu'elle avait su me rendre par cet amour dévoué qui ne s'est pas démenti jusqu'au dernier moment. Oh! non! non! ma pauvre Rosette, tu ne mourras pas!
Ulric courut tout d'une haleine chez son notaire, et le rencontra au moment même où celui-ci se disposait à aller en soirée.
—Monsieur, lui dit Ulric, les raisons pour lesquelles j'avais quitté le monde n'existent plus; je quitte mon incognito et je rentre dans la société; je reprends possession de ma fortune; je vous prie donc, dans le plus court délai qui vous sera possible, de réunir les fonds que j'ai déposés chez vous. En attendant, et pour l'heure présente, de quelle somme pouvez-vous disposer?
—Monsieur le comte, répondit le notaire, je puis sur-le-champ vous remettre vingt-cinq mille francs.
—C'est bien, dit Ulric: je vais vous en signer la quittance. Mais ce n'est pas tout, j'ai un autre service à vous demander.
—Je suis entièrement à vos ordres.
—Il faut, dit Ulric, que d'ici à deux jours vous m'ayez procuré un appartement habitable pour deux personnes. Comme je n'ai pas le temps de m'occuper de tous ces détails, je vous prierai également de me trouver un homme d'affaires intelligent, qui s'occupera de l'ameublement. Je veux que tout y soit sur le pied le plus confortable, qu'on n'épargne rien. Je ne puis pas accorder plus de deux jours.
—Je prends l'engagement de ne point dépasser ce délai d'une heure, répondit le notaire; dans deux jours, j'aurai l'honneur de vous faire prévenir.
Le lendemain matin Ulric courut à l'hôpital pour voir sa maîtresse, et lui avouer qui il était. Elle était hors d'état de le comprendre; la fièvre cérébrale s'était déclarée pendant la nuit, et elle avait le délire.
Ulric voulait l'emmener, mais les médecins s'opposèrent au transport; néanmoins ils donnèrent quelque espérance.