On chantait toujours dans la chambre voisine, et chaque vers de ces joyeux couplets, comme une flèche de gaieté acérée, s'enfonçait dans le cœur moribond du jeune homme.

Enfin, sortant de cette muette immobilité, il prit du papier et écrivit rapidement jusqu'au jour levant.

Il écrivit deux longues lettres, l'une à Urbain, l'autre à Marie. Ces lettres terminées, il réunit dans un seul paquet toutes les petites choses que sa maîtresse lui avait données au temps de l'autrefois. Il ferma ce paquet en répétant une strophe d'un des poèmes les plus lamentables d'Alfred de Musset:

Je rassemblais des lettres de la veille,
Des cheveux, des débris d'amour;
Tout ce passé me criait à l'oreille
Ses éternels serments d'un jour,

Je contemplais ces reliques sacrées
Qui me faisaient trembler la main,
Larmes du cœur par le cœur dévorées,
Et que les yeux qui les avaient pleurées,
Ne reconnaîtront plus demain.

Au matin, la servante de son père monta pour faire le ménage.

—Où est mon père? demanda Olivier.

—Il est sorti pour toute la journée, répondit la bonne femme.

Olivier profita de cette absence pour envoyer la servante chez le pharmacien de la maison avec une ordonnance qu'il avait faite lui-même. Il la chargea aussi de mettre à la poste les deux lettres pour Urbain et Marie.

—Monsieur, dit la servante en rapportant un demi-rouleau de sirop de pavots, vous prendrez bien garde: le pharmacien m'a bien recommandé de vous dire de ne boire ça que par cuillerées, de deux heures en deux heures. Il paraît que c'est de la poison tout de même. C'est pour faire dormir, pas vrai?